Dès l’engagement d’une procédure de divorce, la vie quotidienne des époux se trouve encadrée par des mesures provisoires décidées par le juge aux affaires familiales (JAF). Ces mesures organisent la période de transition entre l’introduction de la demande de divorce et le jugement définitif. Elles portent sur l’attribution du domicile conjugal, la garde des enfants, la pension alimentaire provisoire et le partage des charges du ménage. Comprendre ces dispositifs est essentiel pour protéger ses droits et anticiper les conséquences financières de la séparation.
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Qu’est-ce qu’une mesure provisoire dans le cadre d’un divorce ?
Les mesures provisoires sont des décisions prises par le juge aux affaires familiales lors de l’ordonnance de non-conciliation (ONC) dans le cadre d’un divorce contentieux ou d’un divorce accepté. Elles sont également applicables en cas de divorce pour faute ou divorce pour altération définitive du lien conjugal. En revanche, dans le cadre d’un divorce par consentement mutuel, les époux règlent directement ces questions dans leur convention de divorce sans intervention du juge.
Ces mesures ont une portée temporaire : elles s’appliquent jusqu’à ce que le divorce soit prononcé et que le jugement de divorce devienne définitif. Elles visent à organiser la vie quotidienne des époux et de leurs enfants pendant la procédure, qui peut durer de plusieurs mois à plusieurs années selon les cas.
Le juge fixe les mesures provisoires pour la durée de l’instance. Il statue notamment sur la résidence séparée des époux, l’exercice de l’autorité parentale, la contribution aux charges du mariage et la jouissance du logement.
Un divorce contentieux dure en moyenne entre 18 et 24 mois en France. Pendant toute cette période, les mesures provisoires décidées lors de l’ordonnance de non-conciliation s’appliquent et structurent la vie des époux et de leurs enfants.
Les mesures provisoires ne préjugent pas du jugement final. Le juge peut décider de mesures différentes lors du divorce définitif, notamment en ce qui concerne la prestation compensatoire, le partage des biens ou la garde définitive des enfants. Il est donc essentiel de ne pas considérer ces décisions comme acquises.
1. Attribution du domicile conjugal
L’une des premières questions tranchées par le juge lors de l’ordonnance de non-conciliation concerne l’attribution du domicile conjugal. Le juge décide qui pourra rester dans le logement commun pendant toute la durée de la procédure de divorce. Cette décision est prise en fonction de plusieurs critères : la présence d’enfants, la situation économique de chacun des époux, la propriété ou la location du bien, et les revenus respectifs.
Le juge peut décider que l’un des époux continue à occuper le logement seul, notamment lorsque celui-ci a la garde principale des enfants. Cette décision vise à limiter les bouleversements dans la vie des enfants mineurs. Dans d’autres cas, le juge peut autoriser la résidence séparée des deux époux dès l’ordonnance de non-conciliation.
Lorsque des enfants mineurs vivent au domicile conjugal, le juge privilégie généralement l’attribution du logement au parent qui en aura la garde habituelle. Cette décision vise à préserver la stabilité des enfants pendant la procédure, même si elle n’est que provisoire.
Logement en location ou en propriété : quelles différences ?
Si le logement est loué, le juge peut décider que l’un des époux demeure seul locataire ou que les deux restent cotitulaires du bail. Dans ce dernier cas, les deux noms restent sur le bail, mais un seul occupe les lieux. Si le logement est en propriété commune, le juge peut attribuer la jouissance du bien à l’un des époux, ce qui ne signifie pas qu’il en devient propriétaire exclusif. Le partage du patrimoine immobilier sera tranché lors du jugement de divorce définitif.
L’époux qui quitte le domicile conjugal doit généralement trouver un autre logement et assumer de nouvelles charges (loyer, caution, déménagement). Cette situation entraîne des conséquences financières immédiates qu’il est important d’anticiper, notamment en faisant appel à un conseiller en gestion de patrimoine pour évaluer ses capacités financières.
Sophie et Marc, mariés depuis 12 ans, ont deux enfants de 8 et 5 ans. Le logement est un appartement en propriété commune acheté 280 000 €, avec un crédit immobilier de 150 000 € restant à rembourser. Lors de l’ordonnance de non-conciliation, le juge attribue la jouissance du logement à Sophie, qui aura la garde habituelle des enfants. Marc devra trouver un logement à proximité pour exercer son droit de visite. Il continue de payer 50 % du crédit immobilier, mais n’occupe plus les lieux. Cette situation crée une double charge pour Marc (crédit + nouveau loyer) qui peut le conduire à solliciter une révision des mesures si sa situation financière se dégrade.
L’époux qui quitte le domicile conjugal peut se retrouver à devoir payer à la fois une partie du crédit immobilier de l’ancien logement ET un nouveau loyer. Cette situation de double charge peut rapidement devenir insoutenable financièrement. Il est recommandé de consulter un conseiller en gestion de patrimoine avant d’accepter toute modalité de répartition des charges.
2. Garde des enfants pendant la procédure
Le juge tranche également la question de la résidence habituelle des enfants et organise le droit de visite et d’hébergement du parent qui ne bénéficie pas de la garde principale. Cette décision est prise dans l’intérêt supérieur de l’enfant, en tenant compte de son âge, de ses habitudes de vie, de ses attaches scolaires et affectives, et de la disponibilité de chaque parent.
Plusieurs modalités de garde peuvent être décidées à titre provisoire :
- Résidence habituelle chez l’un des parents avec droit de visite et d’hébergement pour l’autre (le plus souvent un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires)
- Résidence alternée (une semaine chez chaque parent, ou deux semaines/deux semaines selon l’âge des enfants)
- Droit de visite simple sans hébergement en cas de situation conflictuelle ou de très jeune âge de l’enfant
La décision provisoire sur la garde des enfants ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise lors du jugement de divorce. Toutefois, en pratique, le juge maintient souvent les mêmes modalités si elles fonctionnent bien et que l’enfant s’y est adapté.
La séparation des parents est sans incidence sur les règles de dévolution de l’exercice de l’autorité parentale. Chacun des père et mère doit maintenir des relations personnelles avec l’enfant et respecter les liens de celui-ci avec l’autre parent.
Un enfant capable de discernement peut demander à être entendu par le juge aux affaires familiales. En pratique, cela concerne généralement les enfants de plus de 10 ans, mais il n’y a pas d’âge minimum légal. L’audition se fait sans les parents, et l’avis de l’enfant est pris en compte, sans toutefois être déterminant.
Modification de la garde après l’ordonnance de non-conciliation
Si la situation évolue pendant la procédure (déménagement de l’un des parents, changement d’école, problème de comportement, nouvelle situation professionnelle), il est possible de demander au juge de modifier les mesures provisoires relatives à la garde des enfants. Cette demande doit être justifiée par un changement significatif de circonstances et se fait par l’intermédiaire de l’avocat de la personne concernée.
Émilie et Julien ont deux enfants de 6 et 9 ans. Lors de l’ordonnance de non-conciliation, le juge avait fixé la résidence habituelle chez Émilie avec droit de visite classique pour Julien. Six mois plus tard, Émilie trouve un emploi à 200 km, ce qui nécessite un déménagement. Julien demande alors au juge de revoir les modalités de garde, en sollicitant soit la résidence habituelle chez lui, soit une garde alternée adaptée à la distance. Le juge pourra réviser les mesures provisoires en fonction de l’intérêt des enfants.
3. Pension alimentaire provisoire
Le juge fixe également une pension alimentaire provisoire destinée à l’entretien et à l’éducation des enfants. Cette pension est versée par le parent qui n’a pas la garde principale ou, en cas de résidence alternée, par le parent dont les revenus sont les plus élevés si un déséquilibre financier existe entre les deux foyers.
Le montant de la pension alimentaire provisoire est calculé en fonction de plusieurs critères :
- Les revenus de chaque parent (salaires, revenus fonciers, pensions, allocations)
- Les charges incompressibles de chacun (loyer, crédit immobilier, autres pensions à verser)
- Le nombre d’enfants et leur âge
- Les besoins des enfants (scolarité, activités extrascolaires, frais de garde, santé)
- Le mode de garde décidé (résidence alternée ou principale)
Pour un parent avec un revenu mensuel de 2 500 € net et un droit de visite classique, la pension alimentaire provisoire s’élève en moyenne à 150-200 € par enfant et par mois. Ce montant varie selon les tribunaux et les situations familiales.
Il est important de noter que la pension alimentaire provisoire fixée dans l’ordonnance de non-conciliation n’est pas définitive. Elle pourra être réévaluée lors du jugement de divorce ou si les circonstances changent (perte d’emploi, augmentation de salaire, changement de garde).
La pension alimentaire provisoire doit être versée dès le prononcé de l’ordonnance de non-conciliation. Tout retard ou absence de paiement constitue un abandon de famille, délit pénal passible de deux ans d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende. En cas de difficultés financières, il faut impérativement solliciter une révision de la mesure, et non cesser les paiements.
Recouvrement de la pension alimentaire impayée
Si le parent débiteur ne verse pas la pension alimentaire, plusieurs recours sont possibles :
- La procédure de paiement direct auprès de l’employeur du parent débiteur (via un huissier de justice)
- La Caisse d’Allocations Familiales (CAF) qui peut avancer les pensions impayées et se retourner contre le parent défaillant
- Le Trésor public qui peut recouvrer les pensions impayées sur les salaires, comptes bancaires ou revenus fonciers du débiteur
- Le dépôt de plainte pour abandon de famille auprès du procureur de la République
Depuis 2020, l’ARIPA (gérée par la CAF ou la MSA) peut intervenir dès le premier impayé de pension alimentaire pour aider le parent créancier à obtenir le versement des sommes dues. Ce service est gratuit et peut être sollicité directement auprès de la CAF.
4. Ressources financières : qui paye quoi ?
Le juge fixe également dans l’ordonnance de non-conciliation la contribution de chaque époux aux charges du mariage pendant toute la durée de la procédure. Cette contribution porte sur les dépenses courantes du ménage : loyer ou crédit immobilier, charges de copropriété, factures d’énergie, assurances, impôts, frais de scolarité, abonnements, etc.
Le juge détermine qui paie quoi en fonction des revenus et du patrimoine de chaque époux. Trois situations sont possibles :
- Chacun assume ses propres charges si les deux époux ont des revenus équivalents et vivent séparément
- Partage proportionnel des charges communes (crédit immobilier du domicile conjugal, frais de scolarité des enfants) selon les capacités financières de chacun
- Versement d’une contribution financière de l’époux aux revenus les plus élevés vers celui qui a les ressources les plus faibles (on parle parfois de « pension alimentaire entre époux » ou « devoir de secours »)
Si les conventions matrimoniales ne règlent pas la contribution des époux aux charges du mariage, ils y contribuent à proportion de leurs facultés respectives. Si l’un des époux ne remplit pas ses obligations, il peut y être contraint par l’autre dans les formes prévues au code de procédure civile.
Cette contribution aux charges du mariage est distincte de la pension alimentaire pour les enfants. Elle vise à garantir que les deux époux puissent continuer à vivre décemment pendant la procédure, en évitant qu’un déséquilibre financier trop important ne s’installe.
Nathalie et David sont mariés depuis 15 ans. Nathalie gagne 1 800 € net/mois, David 4 200 € net/mois. Ils ont un crédit immobilier de 1 100 €/mois pour le domicile conjugal. Lors de l’ordonnance de non-conciliation, le juge attribue la jouissance du logement à Nathalie (qui a la garde des deux enfants) et décide que David continuera à payer 70 % du crédit immobilier (soit 770 €), Nathalie payant les 30 % restants (330 €). En outre, David devra verser une pension alimentaire de 350 €/mois pour les deux enfants. David devra donc assumer : 770 € de crédit + 350 € de pension + son nouveau loyer (environ 800 €) = 1 920 € de charges mensuelles.
Pendant la procédure de divorce, chaque époux reste responsable des dettes contractées pour les besoins du ménage. Toutefois, il est fortement déconseillé de contracter de nouveaux crédits à la consommation ou de souscrire à des engagements financiers lourds sans en informer l’autre partie et sans l’accord du juge. Ces dettes pourraient être considérées comme communes lors du partage du patrimoine.
Impact patrimonial des mesures provisoires
Les mesures provisoires ont des conséquences financières importantes qui peuvent fragiliser durablement la situation patrimoniale de l’un ou des deux époux. L’époux qui supporte une double charge (crédit immobilier + nouveau loyer + pension alimentaire) peut rapidement se retrouver en situation de surendettement ou d’incapacité à épargner.
Il est donc recommandé de faire appel à un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé en divorce pour :
- Anticiper les charges mensuelles après l’ordonnance de non-conciliation
- Identifier les solutions de financement (prêt relais, vente d’actifs, déblocage d’épargne)
- Protéger les contrats d’assurance-vie et autres placements pendant la procédure
- Préparer la négociation de la prestation compensatoire
5. Modification des mesures provisoires
Les mesures provisoires fixées dans l’ordonnance de non-conciliation ne sont pas figées. Si la situation de l’un des époux ou des enfants évolue de manière significative pendant la procédure, il est possible de demander au juge de les réviser. Cette demande se fait par l’intermédiaire d’un avocat, qui dépose une requête en modification de mesures provisoires auprès du tribunal judiciaire.
Les motifs justifiant une demande de révision peuvent être :
- Perte d’emploi ou baisse importante de revenus de l’un des époux
- Augmentation significative des revenus de l’un des époux
- Déménagement de l’un des parents rendant la garde alternée ou les modalités de visite difficiles
- Changement dans les besoins des enfants (frais médicaux, scolarité privée, activités sportives coûteuses)
- Difficultés relationnelles nécessitant une révision du droit de visite
- Nouvelle situation familiale (remariage, nouveau conjoint, naissance d’un autre enfant)
La révision des mesures provisoires n’est jamais automatique. Même en cas de perte d’emploi, la pension alimentaire ou la contribution aux charges continuent de s’appliquer tant que le juge n’a pas modifié l’ordonnance. Il est donc impératif de saisir rapidement le tribunal en cas de changement de situation.
La procédure de révision nécessite généralement une nouvelle audience devant le juge aux affaires familiales. Les deux parties sont convoquées et peuvent produire des pièces justificatives (bulletins de salaire, attestation Pôle emploi, justificatifs de charges, certificats médicaux, etc.). Le juge rend ensuite une nouvelle ordonnance modifiant les mesures initiales.
Éric verse une pension alimentaire de 400 €/mois pour ses deux enfants et contribue à hauteur de 600 €/mois au crédit immobilier du domicile conjugal. Il perd son emploi et se retrouve au chômage avec une allocation mensuelle de 1 500 € (contre 3 200 € auparavant). Il saisit immédiatement le juge via son avocat pour demander une révision à la baisse de ses obligations. Le juge réduit la pension alimentaire à 250 €/mois et ramène sa contribution au crédit à 400 €/mois, en tenant compte de sa nouvelle capacité contributive.
Même en cas de difficulté financière grave, il ne faut jamais interrompre unilatéralement le versement de la pension alimentaire ou de la contribution aux charges. Cela constitue un délit pénal (abandon de famille) et expose à des poursuites. Il faut impérativement saisir le juge pour obtenir une révision officielle.
6. Violation des mesures : quels recours ?
Les mesures provisoires fixées dans l’ordonnance de non-conciliation ont force exécutoire : elles doivent être respectées par les deux parties sous peine de sanctions. Plusieurs types de violations peuvent survenir pendant la procédure de divorce :
- Non-paiement de la pension alimentaire ou de la contribution aux charges du mariage
- Non-respect du droit de visite et d’hébergement (le parent qui a la garde refuse de remettre les enfants à l’autre parent)
- Non-restitution des enfants après le droit de visite (le parent qui devait rendre les enfants ne le fait pas)
- Occupation illégale du domicile conjugal alors que le juge l’avait attribué à l’autre époux
- Détournement de biens communs ou vidage des comptes bancaires communs
Recours en cas de non-paiement de la pension alimentaire
Le non-paiement de la pension alimentaire constitue le délit d’abandon de famille, puni de deux ans d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende. Le parent créancier dispose de plusieurs recours :
- Procédure de paiement direct via un huissier de justice (prélèvement sur le salaire du débiteur)
- Saisine de l’ARIPA (Agence de recouvrement des impayés de pensions alimentaires) pour obtenir le versement des arriérés
- Dépôt de plainte pénale auprès du procureur de la République
- Saisie sur salaire, compte bancaire ou biens mobiliers du parent débiteur
En cas de non-paiement de la pension alimentaire, la Caisse d’Allocations Familiales (CAF) peut verser une allocation de soutien familial (ASF) au parent créancier, puis se retourner contre le parent défaillant pour récupérer les sommes dues. Cette aide peut être sollicitée dès le premier impayé.
Recours en cas de non-respect du droit de visite
Si le parent qui a la garde refuse de remettre les enfants à l’autre parent conformément à l’ordonnance de non-conciliation, cela constitue le délit de non-représentation d’enfant, puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende. Le parent lésé peut :
- Saisir le juge aux affaires familiales en urgence pour faire exécuter l’ordonnance
- Demander l’intervention d’un huissier de justice pour constater le refus de remise de l’enfant
- Déposer une plainte pénale auprès du procureur de la République ou de la gendarmerie
- Solliciter une astreinte financière contre le parent récalcitrant (le juge peut le condamner à payer une somme par jour de retard)
Le fait de refuser indûment de représenter un enfant mineur à la personne qui a le droit de le réclamer est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
Même si la personne concernée estime que l’ordonnance de non-conciliation est injuste ou inadaptée, elle doit impérativement la respecter tant qu’elle n’a pas été modifiée par une nouvelle décision de justice. Toute violation expose à des sanctions pénales et civiles, et peut nuire à la position de la personne lors du jugement définitif de divorce.
Recours en cas de détournement de biens communs
Pendant la procédure de divorce, les époux restent soumis au régime matrimonial en vigueur (généralement la communauté réduite aux acquêts). Aucun bien commun ne peut être vendu, donné ou détourné sans l’accord de l’autre époux. En cas de manquement (vidage d’un compte bancaire commun, vente d’un bien sans autorisation, détournement d’objets de valeur), plusieurs recours sont possibles :
- Saisir le juge aux affaires familiales pour demander une mesure d’urgence (blocage de comptes, séquestre de biens)
- Demander une récompense lors du partage définitif du patrimoine (l’époux qui a détourné un bien commun devra indemniser l’autre)
- Engager une action en recel successoral si des biens ont été dissimulés ou dilapidés
Julie et Thomas ont un compte joint avec 35 000 € d’épargne. Trois jours après l’ordonnance de non-conciliation, Thomas vide intégralement le compte et transfère l’argent sur un compte personnel. Julie saisit le juge en urgence. Le juge ordonne à Thomas de restituer la moitié de la somme (17 500 €) immédiatement sous astreinte de 100 € par jour de retard, et inscrit au dossier que Thomas a détourné des fonds communs, ce qui sera pris en compte lors du partage définitif.
Les enjeux patrimoniaux des mesures provisoires
Les mesures provisoires ne se limitent pas à des questions d’organisation quotidienne : elles ont des conséquences patrimoniales majeures qui peuvent affecter durablement la situation financière des époux, notamment lorsqu’un déséquilibre de revenus important existe entre eux.
Plusieurs aspects patrimoniaux doivent être anticipés dès l’ordonnance de non-conciliation :
- La double charge immobilière pour l’époux qui quitte le domicile conjugal (crédit + nouveau loyer)
- L’impact sur la capacité d’épargne et de reconstitution d’un patrimoine personnel
- La protection des contrats d’assurance-vie, des PEA et autres placements financiers pendant la procédure
- La gestion des biens immobiliers locatifs détenus en commun (qui perçoit les loyers, qui paie les charges ?)
- L’anticipation du partage des biens et de la prestation compensatoire qui seront décidés lors du jugement définitif
Les mesures provisoires s’appliquent dès l’ordonnance de non-conciliation et structurent toute la période de divorce. Elles portent sur le logement, la garde des enfants, la pension alimentaire et la contribution aux charges du mariage. Ces mesures peuvent être révisées en cas de changement de situation, mais doivent être scrupuleusement respectées sous peine de sanctions pénales. Anticiper leur impact financier est essentiel pour protéger son patrimoine et éviter une dégradation durable de sa situation.
Pour toutes ces raisons, il est fortement recommandé de consulter non seulement un avocat spécialisé en droit de la famille pour défendre ses intérêts lors de l’ordonnance de non-conciliation, mais aussi un conseiller en gestion de patrimoine pour évaluer les conséquences financières à court et long terme et élaborer une stratégie patrimoniale adaptée.
Un divorce entraîne des bouleversements financiers importants dès les premières mesures provisoires. Nos conseillers en gestion de patrimoine spécialisés vous accompagnent pour protéger vos intérêts et anticiper les conséquences patrimoniales de votre séparation.
Questions fréquentes sur les mesures provisoires pendant le divorce
Questions fréquentes
Les mesures provisoires sont-elles obligatoires dans tous les types de divorce ?
Non. Les mesures provisoires sont prononcées par le juge aux affaires familiales lors de l’ordonnance de non-conciliation dans les divorces contentieux (divorce pour faute, pour altération définitive du lien conjugal, ou divorce accepté). En revanche, dans un divorce par consentement mutuel, les époux règlent directement ces questions dans leur convention de divorce sans intervention du juge. Ils organisent eux-mêmes la répartition des charges, la garde des enfants et l’attribution du logement.
Combien de temps les mesures provisoires restent-elles en vigueur ?
Les mesures provisoires s’appliquent pendant toute la durée de la procédure de divorce, de l’ordonnance de non-conciliation jusqu’au jugement définitif de divorce. En pratique, cela peut représenter une période de 12 à 24 mois en moyenne, voire davantage en cas de procédure complexe ou d’appel. Elles cessent automatiquement dès que le jugement de divorce devient définitif.
Peut-on refuser les mesures provisoires décidées par le juge ?
Non, les mesures provisoires fixées dans l’ordonnance de non-conciliation s’imposent aux deux époux. Elles ont force exécutoire et doivent être respectées sous peine de sanctions pénales (notamment en cas de non-paiement de la pension alimentaire ou de non-respect du droit de visite). Si une personne estime que les mesures sont injustes ou inadaptées, elle peut demander leur révision en saisissant à nouveau le juge, mais elle doit les respecter en attendant la nouvelle décision.
Que se passe-t-il si mon ex-conjoint ne paie pas la pension alimentaire provisoire ?
Le non-paiement de la pension alimentaire constitue le délit d’abandon de famille, puni de deux ans d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende. Plusieurs recours sont possibles : saisir l’ARIPA (Agence de recouvrement des impayés de pensions alimentaires) qui peut avancer les sommes impayées, engager une procédure de paiement direct auprès de l’employeur du débiteur via un huissier, ou déposer une plainte pénale. La CAF peut également verser une allocation de soutien familial en attendant le recouvrement des arriérés.
Les mesures provisoires influencent-elles le jugement définitif de divorce ?
Juridiquement, les mesures provisoires ne préjugent pas du jugement définitif. Le juge peut décider de modalités différentes lors du divorce final, notamment en ce qui concerne la prestation compensatoire, le partage des biens ou la garde définitive des enfants. Toutefois, en pratique, si les mesures provisoires fonctionnent bien (notamment pour la garde des enfants), le juge a tendance à les reconduire dans le jugement définitif, sauf changement de circonstances ou demande motivée de l’une des parties.
Comment faire réviser les mesures provisoires en cas de changement de situation ?
Il faut saisir le juge aux affaires familiales via son avocat en déposant une requête en modification de mesures provisoires. Cette demande doit être justifiée par un changement significatif de circonstances (perte d’emploi, déménagement, changement dans les besoins des enfants, augmentation de revenus, etc.). Le juge convoque les deux parties à une nouvelle audience et rend une ordonnance modifiant les mesures initiales si le changement est avéré et justifie une révision.
Témoignages
— Sandrine, 41 ans, en instance de divorceFranchement j’avais pas compris que les mesures provisoires c’était pour toute la durée du divorce… Mon ex devait payer 600€ de pension + la moitié du crédit mais au bout de 3 mois il a arrêté. J’ai appelé la CAF direct et ils m’ont expliqué pour l’ARIPA. Ça m’a sauvée parce que avec deux gamins et un salaire de 1800€ je pouvais pas tenir. Le site aide-divorce.fr m’a bien aidée à comprendre mes droits avant de voir l’avocat.
— Julien, 38 ans, divorcé après 12 ans de mariageBon moi je croyais qu’en quittant l’appart je serais tranquille mais en fait non, le juge m’a obligé à continuer à payer 70% du crédit alors que je vis plus dedans. Résultat je paie 850€ de crédit + 700€ de loyer pour mon F2 + 300€ de pension. Ça fait plus de la moitié de mon salaire qui part juste pour ça… J’ai dû demander une révision après 6 mois parce que je pouvais plus suivre. Faut anticiper ces trucs-là dès le début, moi j’étais pas préparé du tout.
— Émilie, 34 ans, maman solo de 3 enfantsHonnêtement au début j’avais peur de pas y arriver financièrement. Mon mari gagnait 4 fois plus que moi et il voulait la résidence alternée juste pour payer moins de pension. Le juge a bien vu le truc et m’a attribué le logement + la garde principale + une pension correcte. Ce que j’ai compris grâce au site c’est que les mesures provisoires c’est pas définitif, mais en pratique ça a été reconduit au jugement final. Donc faut bien se battre dès la première audience avec le JAF.



