L’assignation en divorce marque le début formel d’une procédure contentieuse devant le juge aux affaires familiales. Contrairement au divorce amiable, qui se règle sans passage devant le tribunal, l’assignation engage un processus judiciaire dont le déroulement obéit à des règles strictes. Comprendre cette procédure permet à la personne qui la subit de mieux défendre ses intérêts, et à celle qui l’engage de mesurer les conséquences de son choix.
Cette page détaille les étapes de l’assignation en divorce, les délais à respecter, les droits du défendeur, l’impact des mesures provisoires sur la vie quotidienne, et les enjeux patrimoniaux qui se jouent dès la première audience. Elle aborde également les erreurs fréquentes à éviter et les recours possibles à chaque stade de la procédure.

Qu’est-ce qu’une assignation en divorce et quand s’applique-t-elle ?
L’assignation en divorce est l’acte juridique par lequel un époux (le demandeur) saisit le juge aux affaires familiales pour obtenir la dissolution du mariage. Elle s’inscrit dans le cadre d’un divorce contentieux, c’est-à-dire lorsque les époux ne parviennent pas à s’entendre sur le principe même du divorce ou sur ses conséquences (partage des biens, pension alimentaire, résidence des enfants, partage des biens).
La personne à l’origine de la demande doit obligatoirement recourir à un avocat spécialisé en divorce. Seul cet avocat peut rédiger l’assignation et la déposer au greffe du tribunal. L’assignation précise le type de divorce demandé : divorce pour faute, divorce pour acceptation du principe de la rupture du mariage, ou divorce pour altération définitive du lien conjugal.
Le Code civil prévoit quatre types de divorce : le divorce par consentement mutuel (sans juge depuis 2017), le divorce accepté, le divorce pour altération définitive du lien conjugal (après 2 ans de séparation) et le divorce pour faute (infidélité, violences, abandon du domicile conjugal, etc.).
Avant la réforme de 2021, la procédure de divorce contentieux débutait par une requête en divorce, suivie d’une tentative de conciliation. Depuis le 1er janvier 2021, la requête et l’assignation sont fusionnées : la procédure s’ouvre directement par l’assignation. La tentative de conciliation devant le juge n’est plus systématique, sauf si le juge l’estime nécessaire.
Les trois types de divorce contentieux
Chaque type de divorce contentieux répond à des critères différents et entraîne des conséquences juridiques distinctes, notamment en matière de prestation compensatoire et de dommages et intérêts.
- Divorce pour faute : le demandeur invoque des manquements graves aux devoirs et obligations du mariage (violence, adultère, abandon du domicile conjugal). Il doit apporter des preuves (témoignages, constats d’huissier, SMS, etc.).
- Divorce pour acceptation du principe de la rupture : les époux sont d’accord pour divorcer mais ne s’entendent pas sur les conséquences (partage des biens, pension, résidence des enfants). C’est un intermédiaire entre le divorce amiable et le divorce pour faute.
- Divorce pour altération définitive du lien conjugal : le demandeur justifie d’une séparation d’au moins deux ans. Il n’a pas besoin de prouver une faute. Le défendeur peut s’opposer au divorce en invoquant des conséquences d’une gravité exceptionnelle (notamment financières ou de santé).
Le choix du type de divorce a des conséquences importantes. Le divorce pour faute peut permettre d’obtenir des dommages et intérêts, mais il allonge la procédure et nécessite des preuves solides. Le divorce pour altération définitive est plus simple à obtenir après 2 ans de séparation, mais le demandeur peut être tenu de verser une prestation compensatoire plus élevée.
Les étapes de la procédure d’assignation en divorce
La procédure d’assignation en divorce se déroule en plusieurs phases successives, chacune impliquant des délais légaux et des décisions importantes pour la vie des époux et de leurs enfants.
Première étape : rédaction et dépôt de l’assignation
L’avocat du demandeur rédige l’assignation en divorce. Ce document contient :
- L’identité complète des deux époux
- Le type de divorce demandé et les motifs (notamment en cas de divorce pour faute)
- Les demandes du demandeur concernant les mesures provisoires (résidence des enfants, pension alimentaire, jouissance du logement, contribution aux charges du mariage)
- Les demandes concernant le partage des biens, la prestation compensatoire et les dommages et intérêts éventuels
L’assignation est ensuite déposée au greffe du tribunal judiciaire du lieu de résidence de la famille. Depuis la réforme de 2020, la communication avec le tribunal se fait par voie électronique (RPVA, Réseau privé virtuel des avocats). Le greffe fixe alors une date pour l’audience d’orientation et de mesures provisoires.
L’assignation doit être déposée au greffe au moins 15 jours avant la date d’audience d’orientation. Si ce délai n’est pas respecté, l’audience est reportée, ce qui allonge la procédure de plusieurs semaines.
Deuxième étape : signification de l’assignation au conjoint
Une fois l’assignation déposée et la date d’audience fixée, l’avocat du demandeur fait signifier l’assignation au conjoint défendeur par l’intermédiaire d’un huissier de justice. La signification par huissier est obligatoire : c’est elle qui garantit que le défendeur a bien été informé de la procédure de divorce.
L’huissier se déplace au domicile du défendeur pour lui remettre en main propre l’assignation. Si la personne est absente, l’huissier peut laisser un avis de passage et déposer l’assignation en mairie. Le défendeur dispose alors d’un délai légal de 15 jours pour constituer avocat et préparer sa défense.
Certaines personnes croient qu’en refusant de recevoir l’huissier ou en évitant leur domicile, elles peuvent empêcher la procédure de divorce. C’est une erreur grave. Si l’huissier ne peut remettre l’assignation en main propre, il la dépose en mairie et la procédure suit son cours. Le défendeur perd alors du temps précieux pour organiser sa défense.
Troisième étape : l’audience d’orientation et de mesures provisoires
L’audience d’orientation et de mesures provisoires est la première audience devant le juge aux affaires familiales. Elle se tient généralement 2 à 4 mois après le dépôt de l’assignation, selon l’engorgement du tribunal.
Lors de cette audience, le juge :
- Vérifie que les deux époux sont bien représentés par un avocat
- Tente éventuellement une conciliation (bien que ce ne soit plus obligatoire depuis 2021)
- Fixe les mesures provisoires qui s’appliqueront pendant toute la durée de la procédure de divorce
- Organise la mise en état de l’affaire (calendrier de l’échange des conclusions entre avocats)
Les mesures provisoires prises lors de cette audience sont essentielles car elles déterminent la vie quotidienne des époux jusqu’au jugement définitif de divorce, ce qui peut représenter une période de 12 à 24 mois, voire plus en cas de contentieux complexe.

Les mesures provisoires : des décisions lourdes de conséquences
Le juge aux affaires familiales fixe les mesures provisoires suivantes :
- Résidence des enfants : résidence alternée, résidence principale chez l’un des parents avec droits de visite et d’hébergement pour l’autre, ou modalités spécifiques en cas de conflit grave
- Pension alimentaire pour les enfants : montant mensuel fixé en fonction des revenus de chaque parent, des besoins des enfants et du mode de résidence
- Contribution aux charges du mariage : somme versée par l’époux qui a les revenus les plus élevés à l’autre conjoint pour maintenir un niveau de vie décent pendant la procédure
- Jouissance du domicile conjugal : attribution du logement familial à l’un des époux, généralement celui qui a la résidence principale des enfants. L’autre conjoint doit quitter le logement
- Liquidation du régime matrimonial : le juge peut ordonner des mesures conservatoires pour protéger le patrimoine commun (blocage de comptes bancaires, inventaire des biens, séquestre de sommes d’argent)
Marie et Julien ont deux enfants de 8 et 12 ans. Julien gagne 4 500 € nets par mois, Marie 2 200 €. Le juge fixe la résidence principale des enfants chez Marie, avec un droit de visite et d’hébergement élargi pour Julien (un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires). Julien doit verser une pension alimentaire de 400 € par enfant (800 € au total) et une contribution aux charges du mariage de 600 €, soit 1 400 € par mois au total. Marie conserve la jouissance du domicile conjugal.
Si la situation de l’un des époux change pendant la procédure (perte d’emploi, maladie, déménagement), il est possible de saisir à nouveau le juge aux affaires familiales pour demander une modification des mesures provisoires. Cette demande doit être motivée et accompagnée de justificatifs (bulletins de salaire, certificat médical, etc.).
Quatrième étape : la mise en état de l’affaire
Après l’audience d’orientation, la procédure entre en phase de mise en état. C’est la période pendant laquelle les avocats des deux époux échangent leurs conclusions et leurs pièces justificatives. Chacun expose ses arguments et ses demandes concernant le divorce, le partage des biens, la prestation compensatoire et les dommages et intérêts.
Il existe deux types de mise en état :
- Mise en état judiciaire : c’est le juge de la mise en état qui fixe le calendrier de l’échange des conclusions. Les avocats doivent respecter des délais stricts. En cas de retard, des pénalités peuvent être appliquées. Cette procédure est la plus courante dans les divorces conflictuels.
- Mise en état conventionnelle : les deux époux et leurs avocats s’entendent sur le calendrier de l’échange des conclusions. Le juge n’intervient qu’une fois que les avocats déclarent l’affaire « en état d’être jugée », c’est-à-dire lorsque tous les arguments et toutes les pièces ont été échangés. Cette procédure est plus souple mais nécessite une coopération minimale entre les parties.
La phase de mise en état dure en moyenne 12 à 18 mois dans les tribunaux judiciaires français. Dans les tribunaux très engorgés (Paris, Lyon, Marseille), ce délai peut atteindre 24 à 30 mois. La réforme de 2021 visait à accélérer cette phase, mais les résultats varient fortement selon les juridictions.
Cinquième étape : l’audience de plaidoirie et le jugement de divorce
Une fois que l’affaire est en état, le juge fixe une date pour l’audience de plaidoirie. Lors de cette audience finale, les avocats présentent oralement les arguments de leur client. Chaque avocat dispose d’un temps de parole limité pour exposer les demandes et répondre aux arguments adverses.
Les époux peuvent être présents à l’audience, mais ce n’est pas obligatoire. Le juge peut les interroger directement s’il estime nécessaire d’éclaircir certains points. À l’issue de l’audience, le juge met l’affaire en délibéré : il annonce la date à laquelle le jugement sera rendu.
Le délai entre l’audience et le prononcé du jugement varie de 2 à 6 mois selon les tribunaux. Le jugement de divorce est ensuite notifié aux avocats par voie électronique. Il contient :
- Le prononcé du divorce (type de divorce retenu par le juge)
- Le partage des biens ou le renvoi devant un notaire pour la liquidation du régime matrimonial
- Le montant de la prestation compensatoire éventuelle
- Le montant de la pension alimentaire pour les enfants
- Les modalités de résidence des enfants et de l’exercice de l’autorité parentale
- Les dommages et intérêts éventuels en cas de divorce pour faute
Une fois le jugement notifié, chaque partie dispose d’un délai de 30 jours pour faire appel. Si aucun appel n’est formé, le jugement devient définitif au bout de ce délai. S’il y a appel, la procédure se poursuit devant la cour d’appel, ce qui peut ajouter 12 à 24 mois supplémentaires.
Le rôle et les droits du défendeur dans une assignation en divorce
Recevoir une assignation en divorce par huissier est souvent un choc, surtout lorsque la personne ne s’y attendait pas. Pourtant, le défendeur dispose de droits importants et de recours pour faire valoir ses intérêts. Il ne doit surtout pas rester passif.
Constituer avocat dans les 15 jours : une obligation vitale
Dès réception de l’assignation, le défendeur dispose de 15 jours pour constituer avocat. Ce délai court à partir de la signification par huissier. Passé ce délai, le défendeur peut toujours constituer avocat, mais il prend le risque que l’audience d’orientation ait lieu sans qu’il soit représenté.
Si le défendeur ne constitue pas avocat, le juge peut prononcer le divorce par défaut. Dans ce cas, le juge ne tient compte que des demandes et des arguments du demandeur. Le défendeur perd toute possibilité de négocier les mesures provisoires, le partage des biens ou la prestation compensatoire.
Certains défendeurs pensent qu’en ignorant l’assignation, la procédure s’arrêtera ou que le demandeur abandonnera. C’est une grave erreur. Le divorce sera prononcé sans que le défendeur ait pu défendre ses droits. Il sera contraint d’accepter les modalités imposées par le juge, souvent très défavorables pour lui.
Demander l’aide juridictionnelle en cas de faibles revenus
Si le défendeur a des revenus modestes, il peut demander l’aide juridictionnelle pour financer les honoraires de son avocat. L’aide juridictionnelle est une prise en charge totale ou partielle des frais d’avocat par l’État.
Pour en bénéficier, la personne doit remplir un dossier de demande et justifier de ses ressources. Le plafond de revenus pour bénéficier de l’aide juridictionnelle totale est d’environ 1 200 € nets par mois pour une personne seule (barème 2024). L’aide partielle est accordée jusqu’à environ 1 800 € nets par mois.
L’aide juridictionnelle ne couvre pas seulement les honoraires de l’avocat, mais aussi les frais d’huissier et de procédure. Si le défendeur doit faire signifier des actes ou demander des mesures conservatoires, ces frais sont pris en charge par l’État dans le cadre de l’aide juridictionnelle.
Contester le type de divorce demandé
Le défendeur peut contester le type de divorce demandé par le demandeur. Par exemple, si le demandeur sollicite un divorce pour faute, le défendeur peut nier les faits reprochés et demander au juge de prononcer un divorce pour altération définitive du lien conjugal ou pour acceptation du principe de la rupture.
Le défendeur peut également former une demande reconventionnelle : il demande alors lui-même le divorce, éventuellement pour d’autres motifs. Par exemple, si le demandeur invoque un divorce pour altération définitive, le défendeur peut riposter en demandant un divorce pour faute aux torts exclusifs du demandeur.
Le juge peut prononcer le divorce pour un motif différent de celui invoqué par le demandeur. Si le demandeur sollicite un divorce pour faute mais que le juge estime les preuves insuffisantes, il peut prononcer un divorce pour altération définitive du lien conjugal dès lors que la séparation dure depuis au moins deux ans.
Négocier les mesures provisoires
Même si le défendeur n’a pas demandé le divorce, il a tout intérêt à négocier activement les mesures provisoires avec son avocat. Ces mesures déterminent la vie quotidienne pendant toute la durée de la procédure, qui peut durer plusieurs années.
Le défendeur peut notamment :
- Demander la résidence alternée des enfants si c’est dans leur intérêt
- Contester le montant de la pension alimentaire proposé par le demandeur s’il est trop élevé ou manifestement insuffisant
- Demander la jouissance du domicile conjugal s’il est le parent qui assure principalement la garde des enfants
- Solliciter une contribution aux charges du mariage si ses revenus sont inférieurs à ceux du demandeur
- Demander des mesures conservatoires pour protéger le patrimoine commun (blocage de comptes, inventaire notarié des biens, etc.)
Sophie reçoit une assignation en divorce de son mari Pierre. Pierre demande la résidence principale des deux enfants et sollicite une pension alimentaire de 300 € par mois. Sophie, qui travaille à temps partiel et gagne 1 400 € nets par mois, constitue avocat dans les 15 jours. Son avocat démontre au juge que Sophie s’est toujours occupée des enfants au quotidien. Le juge fixe la résidence principale chez Sophie, avec un droit de visite élargi pour Pierre. Pierre doit verser une pension de 450 € par mois et une contribution aux charges du mariage de 500 €. Sophie conserve le domicile conjugal jusqu’au jugement de divorce.
Les pièges à éviter lors d’une assignation en divorce
La procédure d’assignation en divorce est complexe et comporte plusieurs pièges qui peuvent avoir des conséquences dramatiques sur le plan financier, patrimonial et familial.
Ne pas vider les comptes bancaires avant l’audience d’orientation
Certains époux, dès qu’ils reçoivent l’assignation (ou avant de la faire signifier), vident les comptes bancaires communs pour mettre l’argent à l’abri. C’est une erreur grave. Le juge peut ordonner la restitution immédiate des sommes prélevées et sanctionner cette manœuvre lors du partage définitif des biens.
De plus, si l’un des époux se retrouve sans ressources à cause de ce prélèvement, le juge peut ordonner le versement d’une provision immédiate pour assurer sa subsistance et celle des enfants.
Les relevés bancaires produits lors de la procédure permettent au juge et à l’avocat adverse de reconstituer tous les mouvements de fonds. Les virements vers des comptes personnels, les retraits d’espèces importants ou les dépenses somptuaires juste avant ou après l’assignation sont systématiquement repérés et sanctionnés.
Ne pas accepter une offre de règlement sans consulter un avocat ET un conseiller en gestion de patrimoine
Il arrive que le demandeur ou son avocat propose au défendeur un « accord amiable » ou une offre de règlement pour éviter la procédure contentieuse. Avant d’accepter, le défendeur doit impérativement consulter son avocat et, si le patrimoine est conséquent (biens immobiliers, assurance-vie, PEA, entreprise), un conseiller en gestion de patrimoine.
L’enjeu patrimonial d’un divorce dépasse souvent le cadre strictement juridique. Par exemple, accepter de renoncer à la moitié de l’assurance-vie ou de la prestation compensatoire peut sembler acceptable sur le moment, mais avoir des conséquences catastrophiques sur la retraite ou la capacité à se reloger.
aide-divorce.fr propose un accompagnement par un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans les divorces. Ce bilan permet de mesurer l’impact financier à long terme de chaque option de règlement.
Ne pas sous-estimer l’impact des mesures provisoires sur le jugement définitif
Les mesures provisoires fixées lors de l’audience d’orientation ont une influence considérable sur le jugement définitif. Par exemple, si le juge fixe la résidence principale des enfants chez l’un des parents, il est très rare que le jugement final inverse cette décision, sauf changement de circonstances majeur.
De même, si l’un des époux obtient la jouissance du domicile conjugal, il sera souvent celui qui conservera le logement après le divorce, soit par attribution préférentielle, soit en rachetant la part de l’autre.
Les juges ont tendance à maintenir les mesures provisoires dans le jugement définitif si elles ont bien fonctionné pendant la procédure. C’est pourquoi il est essentiel de négocier ces mesures avec soin dès l’audience d’orientation.
Les enjeux patrimoniaux spécifiques de l’assignation en divorce
L’assignation en divorce déclenche non seulement une procédure judiciaire, mais aussi la liquidation du régime matrimonial. Les enjeux patrimoniaux sont souvent plus importants que les aspects strictement juridiques du divorce.
L’impact de la date d’assignation sur le partage des biens
La date de l’assignation en divorce marque en principe la fin de la communauté (pour les époux mariés sous le régime de la communauté). À partir de cette date, les revenus et les biens acquis par chaque époux deviennent des biens propres, sauf exceptions.
Cependant, tant que le jugement de divorce n’est pas prononcé, les époux restent mariés et soumis aux règles du régime matrimonial. Cela signifie que certains biens acquis après l’assignation peuvent encore être considérés comme communs s’ils ont été financés par des fonds communs.
Acheter un bien immobilier, une voiture ou souscrire un contrat d’assurance-vie pendant la procédure de divorce peut compliquer gravement la liquidation du régime matrimonial. Même si ces biens sont acquis après l’assignation, ils peuvent être considérés comme communs s’ils ont été financés par des revenus communs ou des fonds issus de la communauté.
La protection du patrimoine commun pendant la procédure
Pendant la procédure de divorce, le patrimoine commun doit être protégé. Le juge peut ordonner des mesures conservatoires :
- Blocage des comptes bancaires communs ou séquestre des fonds
- Inventaire notarié des biens meubles (mobilier, œuvres d’art, bijoux)
- Interdiction de vendre ou de donner des biens communs sans l’accord de l’autre époux
- Désignation d’un notaire pour procéder à la liquidation du régime matrimonial
Ces mesures évitent qu’un époux dilapide le patrimoine commun ou dissimule des biens pour les soustraire au partage.
Si les époux possèdent un bien immobilier en commun, le partage doit obligatoirement passer par un notaire. Le juge peut ordonner la désignation d’un notaire dès l’audience d’orientation, ce qui permet d’accélérer la liquidation du régime matrimonial une fois le jugement de divorce prononcé.
Assignation en divorce et assurance-vie : un enjeu souvent ignoré
L’assurance-vie est souvent le placement financier le plus important du couple. Or, son traitement lors du divorce dépend de plusieurs facteurs : date de souscription, origine des fonds (propres ou communs), clause bénéficiaire, etc.
Si l’assurance-vie a été souscrite pendant le mariage et alimentée par des fonds communs, elle fait partie de la masse à partager. Mais si l’un des époux a modifié la clause bénéficiaire après l’assignation pour désigner une nouvelle personne (concubin, enfants d’une précédente union), cela peut poser des problèmes lors du partage.
Modifier la clause bénéficiaire d’une assurance-vie pendant la procédure de divorce peut être considéré comme une tentative de fraude par le juge. Cela peut entraîner des sanctions lors du partage des biens et justifier une demande de dommages et intérêts de la part de l’autre époux.
Le divorce et l’entreprise : un cas particulier complexe
Lorsque l’un des époux est chef d’entreprise, l’assignation en divorce soulève des enjeux patrimoniaux très spécifiques. Si l’entreprise a été créée pendant le mariage, elle peut faire partie de la communauté, même si elle est exploitée par un seul des époux.
Le conjoint non exploitant peut alors avoir droit à une part de la valeur de l’entreprise. Cette valorisation est souvent source de conflit : faut-il retenir la valeur comptable, la valeur de marché, ou la valeur de rendement ? Un expert-comptable ou un commissaire aux comptes peut être désigné pour évaluer l’entreprise.
Laurent est gérant d’une SARL de plomberie créée pendant le mariage. Son épouse Claire demande le divorce et sollicite le partage de la valeur de l’entreprise. Un expert est désigné par le juge. Il évalue l’entreprise à 250 000 €. Claire a droit à la moitié, soit 125 000 €. Laurent peut soit racheter la part de Claire en lui versant 125 000 € (soulte), soit vendre l’entreprise. Il choisit de racheter la part de Claire en s’endettant. Son conseiller en gestion de patrimoine l’aide à structurer ce rachat pour minimiser l’impact fiscal et préserver sa trésorerie.
Assignation en divorce et situations spécifiques
Certaines situations rendent l’assignation en divorce particulièrement complexe : invalidité d’un époux, divorce consécutif à un accident, expatriation, etc.
Assignation en divorce et invalidité de l’un des époux
Lorsque l’un des époux est invalide, le divorce peut être demandé par l’autre conjoint, mais le juge doit tenir compte de la situation particulière de la personne handicapée. Celle-ci peut notamment demander une prestation compensatoire majorée pour compenser la perte de soutien matériel et moral.
Si l’invalidité résulte d’un accident survenu pendant le mariage, le capital d’indemnisation perçu (indemnisation corporelle) peut faire partie de la masse à partager, sauf s’il a été expressément attribué à titre de bien propre pour compenser un préjudice strictement personnel.
aide-divorce.fr travaille en partenariat avec l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF) pour accompagner les personnes victimes d’un accident qui se trouvent confrontées à un divorce. Un accompagnement patrimonial spécialisé permet de sécuriser le capital d’indemnisation et d’optimiser son utilisation pour l’avenir.
Assignation en divorce consécutive à un accident corporel
Lorsqu’un époux a été victime d’un accident corporel grave (accident de la route, accident du travail, agression), le divorce peut survenir des mois ou des années après l’événement. Le capital d’indemnisation versé à la victime pose alors des questions patrimoniales complexes lors du divorce.
Ce capital est-il un bien propre de la victime ou fait-il partie de la communauté ? Cela dépend de la nature des préjudices indemnisés. Les préjudices strictement personnels (souffrance physique, préjudice esthétique, préjudice d’agrément) constituent en principe des biens propres. En revanche, les indemnités pour perte de revenus peuvent être considérées comme des biens communs si elles ont été versées pendant le mariage.
Si la victime d’un accident perçoit un capital d’indemnisation, elle doit impérativement le placer sur un compte bancaire séparé, à son nom propre. Si ce capital est versé sur un compte joint ou utilisé pour rembourser un crédit immobilier commun, il risque d’être considéré comme un bien commun lors du partage.
Assignation en divorce et expatriation
Lorsque l’un des époux est expatrié ou lorsque le couple a vécu à l’étranger, l’assignation en divorce soulève des questions de compétence juridictionnelle. Quel tribunal est compétent ? Le tribunal français ou le tribunal du pays de résidence ?
En général, si les deux époux sont de nationalité française et que l’un d’eux réside encore en France, le tribunal français est compétent. Mais si les deux époux vivent à l’étranger, la situation se complique. Il peut être nécessaire de saisir le tribunal du pays de résidence ou de demander l’application de la loi française par voie de convention.
Le partage des biens situés à l’étranger (immobilier, comptes bancaires, placements financiers) obéit souvent à des règles différentes de celles du droit français. Il est alors indispensable de consulter un avocat spécialisé en droit international de la famille et un conseiller en gestion de patrimoine ayant une expertise en fiscalité internationale.
Combien coûte une assignation en divorce ?
Le coût d’une procédure de divorce contentieux varie considérablement selon la complexité du dossier, les honoraires de l’avocat et la durée de la procédure.
Les honoraires d’avocat
Les honoraires d’avocat pour une assignation en divorce varient généralement entre 2 000 € et 8 000 € pour une procédure complète. Ce montant dépend de plusieurs facteurs :
- La notoriété et l’expérience de l’avocat
- La complexité du dossier (patrimoine important, divorce pour faute avec preuves à constituer, enfants en conflit de loyauté)
- La durée de la procédure (plus la mise en état est longue, plus les honoraires augmentent)
- Le mode de rémunération de l’avocat : honoraires au temps passé, forfait, ou honoraires de résultat (rare en droit de la famille)
Selon les données du ministère de la Justice, le coût moyen d’un divorce contentieux en France est compris entre 3 000 € et 6 000 € par époux, tous frais confondus (avocat, huissier, expert, notaire). Dans les dossiers très conflictuels, ce coût peut atteindre 15 000 à 20 000 € par époux.
Les autres frais de procédure
Outre les honoraires d’avocat, la procédure d’assignation en divorce entraîne d’autres frais :
- Frais d’huissier pour la signification de l’assignation : environ 100 à 150 €
- Frais d’expertise si un expert est désigné (évaluation d’un bien immobilier, d’une entreprise, expertise psychiatrique pour les enfants) : entre 1 000 et 5 000 € selon le type d’expertise
- Frais de notaire pour la liquidation du régime matrimonial : variables selon la valeur du patrimoine (environ 1 à 2 % de la valeur des biens)
- Frais de procédure en cas d’appel : honoraires supplémentaires pour l’avocat, frais de dossier devant la cour d’appel
Si la personne bénéficie de l’aide juridictionnelle totale, l’État prend en charge les honoraires de l’avocat, les frais d’huissier et une partie des frais d’expertise. Le reste à charge pour la personne peut être nul ou très faible.
Peut-on éviter l’assignation en divorce en passant à l’amiable ?
Même après le dépôt d’une assignation en divorce, il est toujours possible de basculer vers un divorce amiable si les deux époux parviennent à un accord. Cette conversion de procédure permet de gagner du temps et de réduire considérablement les coûts.
La passerelle entre divorce contentieux et divorce amiable
Si, au cours de la procédure, les époux trouvent un terrain d’entente, ils peuvent demander au juge la radiation de l’affaire et engager une procédure de divorce par consentement mutuel. Dans ce cas, ils signent une convention de divorce rédigée par leurs avocats respectifs et déposée chez un notaire, sans passage devant le juge.
Cette solution est particulièrement intéressante si l’assignation a été déposée dans un moment de colère ou de conflit, mais que les époux réalisent ensuite qu’ils ont intérêt à s’entendre pour le partage des biens et la garde des enfants.
Le divorce par consentement mutuel peut être engagé à tout moment de la procédure contentieuse, même après l’audience d’orientation. Il suffit que les deux époux soient d’accord sur tous les points (partage des biens, pension alimentaire, résidence des enfants, prestation compensatoire). C’est souvent une solution gagnante-gagnante : moins de frais, moins de stress, procédure bouclée en 2 à 3 mois.
Les avantages du divorce amiable après une assignation
- Délai très court : 2 à 3 mois au lieu de 18 à 36 mois pour un divorce contentieux
- Coût réduit : environ 1 000 à 2 500 € par époux au total
- Pas de passage devant le juge (sauf si des enfants mineurs souhaitent être entendus)
- Contrôle total sur les modalités du divorce : les époux décident eux-mêmes du partage des biens, de la pension alimentaire et de la prestation compensatoire
- Climat apaisé : le divorce amiable évite l’affrontement et facilite la coparentalité après la séparation
Éric a assigné sa femme Laura en divorce pour faute. Après l’audience d’orientation et la fixation des mesures provisoires, les deux époux réalisent que la procédure contentieuse va leur coûter très cher et durer plusieurs années. Ils décident de négocier un accord amiable avec leurs avocats. Ils s’entendent sur le partage de l’appartement (Éric rachète la part de Laura moyennant une soulte de 80 000 €), sur la résidence alternée des enfants et sur une pension alimentaire de 300 € par mois. Ils signent une convention de divorce amiable déposée chez le notaire. Le divorce est finalisé en 3 mois au lieu des 2 ans prévus initialement.
Questions fréquentes
Peut-on refuser une assignation en divorce signifiée par huissier ?
Refuser la signification de l’assignation par huissier ne bloque pas la procédure de divorce. Si l’huissier ne peut remettre l’assignation en main propre, il la dépose en mairie et la procédure suit son cours. Le défendeur perd alors du temps précieux pour constituer avocat et préparer sa défense. Il est donc vivement déconseillé de refuser la signification.
Combien de temps dure une procédure d'assignation en divorce ?
La durée d’une procédure d’assignation en divorce varie entre 18 et 36 mois en moyenne, selon la complexité du dossier et l’engorgement du tribunal. Dans les grandes villes (Paris, Lyon, Marseille), les délais peuvent atteindre 3 ans. Si les époux font appel du jugement, la procédure peut durer 4 à 5 ans au total.
Peut-on modifier les mesures provisoires fixées lors de l'audience d'orientation ?
Oui, il est possible de demander la modification des mesures provisoires si la situation de l’un des époux change pendant la procédure (perte d’emploi, déménagement, maladie). La demande doit être motivée et accompagnée de justificatifs. Le juge peut alors fixer de nouvelles mesures provisoires par ordonnance.
Que se passe-t-il si l'un des époux vide les comptes bancaires avant l'assignation ?
Si l’un des époux vide les comptes bancaires communs avant ou après l’assignation, le juge peut ordonner la restitution immédiate des sommes prélevées. Ces prélèvements sont tracés par les relevés bancaires. Le juge peut également sanctionner cette manœuvre lors du partage définitif des biens en attribuant une part plus importante à l’époux lésé.
L'assignation en divorce peut-elle être retirée ?
Oui, le demandeur peut retirer son assignation en divorce à tout moment avant le prononcé du jugement, à condition que le défendeur n’ait pas formé de demande reconventionnelle. Si le défendeur a lui-même demandé le divorce en réponse à l’assignation, la procédure continue même si le demandeur initial retire sa demande.
L'assignation en divorce entraîne-t-elle automatiquement la séparation des comptes bancaires ?
Non, l’assignation en divorce ne sépare pas automatiquement les comptes bancaires. Les comptes joints restent communs jusqu’au prononcé du jugement de divorce. Cependant, le juge peut ordonner le blocage ou la séparation des comptes lors de l’audience d’orientation s’il estime que l’un des époux risque de dilapider les fonds communs.
Conclusion : anticiper et se faire accompagner
L’assignation en divorce est une étape décisive qui engage une procédure longue, coûteuse et émotionnellement éprouvante. Que la personne soit à l’origine de la demande ou qu’elle la subisse, il est essentiel de comprendre les enjeux juridiques et patrimoniaux pour protéger ses droits et ses intérêts.
Chaque époux doit s’entourer d’un avocat compétent spécialisé en droit de la famille. Mais au-delà de l’avocat, l’accompagnement par un conseiller en gestion de patrimoine est souvent indispensable pour mesurer l’impact financier à long terme des décisions prises pendant la procédure. aide-divorce.fr propose cet accompagnement global pour aider les personnes à traverser cette épreuve avec lucidité et sécurité patrimoniale.
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Témoignages
— Marc, 47 ans, divorcé après 18 ans de mariageFranchement quand j’ai reçu l’assignation j’étais tétanisé. Ma femme avait tout organisé dans mon dos, elle avait déjà vidé la moitié du compte épargne. Mon avocat m’a dit que c’était grave et qu’il fallait réagir vite. J’ai trouvé aide-divorce.fr et le CGP m’a expliqué ce que je risquais de perdre si je laissais faire. Heureusement que j’ai constitué avocat dans les 15 jours sinon j’aurais tout perdu
— Isabelle, 39 ans, maman de 2 enfantsBon moi j’ai fait l’erreur de croire que tout allait s’arranger à l’amiable. Mon ex m’avait envoyé l’assignation mais je pensais qu’on allait discuter. Résultat j’ai pas pris d’avocat tout de suite et à l’audience d’orientation le juge a fixé la résidence des enfants chez lui… j’étais complètement perdue. Maintenant je me bats pour récupérer mes enfants mais c’est hyper compliqué
— Thomas, 52 ans, chef d'entrepriseHonnêtement l’assignation en divorce c’est la pire chose qui me soit arrivée. Ma femme demandait la moitié de ma boîte alors qu’elle a jamais mis un pied dedans. L’expert a valorisé mon entreprise à 300 000 € ce qui est complètement abusé. Heureusement que j’ai eu un bon conseil patrimonial via aide-divorce.fr, on a réussi à négocier une soulte raisonnable et à protéger mon outil de travail



