Divorce avec un enfant en situation de handicap : guide complet
Mis à jour le
Divorcer quand un enfant est en situation de handicap soulève des questions que les procédures ordinaires n'abordent pas : qui perçoit les allocations, comment organiser une garde compatible avec les soins, comment fixer une pension qui tienne compte des surcoûts, et que devient tout cela quand l'enfant devient majeur. Les règles existent, mais elles sont dispersées entre le Code civil, le Code de la sécurité sociale et les pratiques des caisses. Voici l'essentiel, dans l'ordre où les questions se posent.
Organiser la garde d'un enfant en situation de handicap
Le juge aux affaires familiales applique le même critère qu'à tout enfant, l'intérêt de l'enfant, mais les éléments qu'il pèse sont différents : la continuité des soins et des rééducations, la proximité de l'établissement ou du service qui suit l'enfant, l'aménagement des logements, la capacité de chaque parent à assumer la charge quotidienne. La résidence alternée n'est pas exclue, mais elle suppose deux foyers équipés et un rythme stable. Beaucoup de familles optent pour une résidence principale chez un parent avec un droit de visite élargi pour l'autre, en semaine, adapté aux horaires de prise en charge.
La convention parentale ou le jugement gagnent à être précis : qui accompagne aux rendez-vous médicaux, qui gère le dossier auprès de la maison départementale des personnes handicapées, comment les parents se transmettent les informations médicales.
L'AEEH : qui perçoit l'allocation ?
L'allocation d'éducation de l'enfant handicapé est versée par la caisse d'allocations familiales au parent qui assume la charge effective et permanente de l'enfant. Après la séparation, c'est en principe le parent chez qui l'enfant réside. En résidence alternée, l'allocation de base et son complément peuvent être partagés entre les deux parents à leur demande, à parts égales, ou attribués à un seul si les parents en conviennent. Le complément d'AEEH dépend du taux d'incapacité, du recours à une tierce personne et de la réduction d'activité d'un parent : il est recalculé après le divorce, car la situation de chaque foyer change.
Pour un enfant, les parents choisissent entre le complément d'AEEH et la prestation de compensation du handicap ; les deux ne se cumulent pas, sauf la PCH pour l'aménagement du logement ou du véhicule. Le divorce est une bonne occasion de refaire ce choix, avec la MDPH.
La PCH et l'organisation à domicile
La prestation de compensation du handicap finance les aides humaines, techniques, l'aménagement du logement et du véhicule, les surcoûts de transport. Elle est attribuée à l'enfant, versée au parent qui en a la charge. Après un divorce, les deux logements peuvent avoir besoin d'aménagements : la PCH peut couvrir les deux si le plan de compensation le prévoit. Un parent qui réduit son activité pour s'occuper de l'enfant peut être dédommagé comme aidant familial au titre de l'aide humaine.
Une pension alimentaire adaptée
La contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant est fixée en fonction des ressources de chaque parent et des besoins de l'enfant. Le handicap augmente ces besoins : matériel, séances non remboursées, transports, garde spécialisée. Le barème indicatif du ministère de la Justice ne les prend pas en compte, il faut les chiffrer et les produire au juge. Les allocations perçues pour l'enfant viennent en déduction des besoins, pas des ressources du parent qui les touche. La convention peut aussi prévoir une répartition des frais exceptionnels liés au handicap, en plus de la pension.
Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur.
Quand l'enfant devient majeur : tutelle, curatelle, habilitation familiale
À 18 ans, l'enfant acquiert ses droits propres : l'allocation aux adultes handicapés lui est versée directement, et l'AEEH cesse. L'obligation des parents de contribuer à son entretien continue tant qu'il ne peut subvenir à ses besoins. Si l'enfant ne peut pas gérer seul ses affaires, une mesure de protection doit être organisée avant ses 18 ans : l'habilitation familiale, la plus simple, permet à un parent d'agir en son nom avec l'accord du juge ; la curatelle ou la tutelle s'imposent quand les intérêts du jeune adulte exigent un contrôle plus étroit. Les parents divorcés peuvent être désignés ensemble, ou l'un d'eux avec un droit de regard de l'autre.
La demande d'AAH, la reconnaissance en qualité de travailleur handicapé et la mesure de protection se préparent dès 17 ans. Une demande déposée trop tard laisse un vide de droits au dix-huitième anniversaire.
La garde s'organise autour des soins, pas de l'égalité arithmétique. L'AEEH suit l'enfant et peut se partager en résidence alternée. La pension doit intégrer les surcoûts chiffrés du handicap. À la majorité, l'enfant a ses propres droits, et une mesure de protection se prépare à l'avance.
Questions fréquentes
Les allocations de l'enfant réduisent-elles la pension alimentaire ?
Elles réduisent les besoins non couverts de l'enfant, que la pension sert à financer. Elles ne sont pas des ressources du parent et ne doivent pas être ajoutées à ses revenus dans le calcul.
Mon ex-conjoint refuse de participer aux frais de rééducation, que faire ?
Si la convention ou le jugement prévoit un partage des frais exceptionnels, il s'agit d'une dette exécutoire. Sinon, saisissez le juge aux affaires familiales pour faire fixer cette répartition ou majorer la pension.
Qui décide des soins et de l'orientation vers un établissement spécialisé ?
Les deux parents, au titre de l'autorité parentale conjointe. Ce sont des décisions importantes qui exigent un accord ; en cas de blocage, le juge aux affaires familiales tranche dans l'intérêt de l'enfant.
La permanence de l'association vous aide à chiffrer les besoins, à comprendre les allocations et à préparer la convention parentale.
Publié par l'Association d'Aide aux Victimes de France, association loi 1901 reconnue d'intérêt général. Directeur de la publication : Valentin Papet, président de l'association.