Les violences conjugales constituent une réalité tragique qui touche des milliers de personnes chaque année en France. Lorsque la séparation devient indispensable pour protéger la victime et ses enfants, des dispositifs juridiques et d’urgence existent pour sécuriser le départ du domicile, engager une procédure de divorce et garantir la protection immédiate de la personne agressée. Cette page détaille les droits, les démarches à entreprendre en urgence, et les ressources disponibles pour accompagner la victime de violences conjugales dans son parcours de séparation et de reconstruction.
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En 2022, 244 000 personnes se sont déclarées victimes de violences conjugales en France, dont 87% de femmes. Le nombre de plaintes a augmenté de 15% depuis 2020.
Le divorce pour violences conjugales s’inscrit dans le cadre d’un divorce pour faute, mais il nécessite une approche spécifique centrée sur la sécurité immédiate de la victime. Avant même d’engager la procédure de divorce, il est impératif de mettre en place des protections d’urgence pour éviter toute récidive et sécuriser le départ du domicile conjugal.
1. L’ordonnance de protection : une mesure d’urgence prioritaire
L’ordonnance de protection est un dispositif juridique essentiel permettant à la victime de violences conjugales d’obtenir rapidement une protection judiciaire, sans attendre l’issue de la procédure de divorce. Cette mesure d’urgence est délivrée par le juge aux affaires familiales (JAF) dans un délai très court.
Qu’est-ce que l’ordonnance de protection ?
L’ordonnance de protection est une décision judiciaire qui vise à protéger la victime de violences conjugales et, le cas échéant, ses enfants. Elle permet de prendre des mesures immédiates pour garantir la sécurité de la personne menacée, même si aucune procédure de divorce n’a encore été engagée.
Le juge aux affaires familiales peut délivrer une ordonnance de protection lorsqu’il existe des raisons sérieuses de considérer comme vraisemblables la commission de faits de violence par le conjoint ou l’ancien conjoint et le danger auquel la victime ou un ou plusieurs enfants sont exposés.
Les mesures contenues dans l’ordonnance de protection
L’ordonnance de protection peut contenir plusieurs mesures cumulables, adaptées à chaque situation :
- Interdiction pour le conjoint violent de recevoir ou de rencontrer certaines personnes, notamment la victime et ses enfants
- Interdiction de paraître au domicile de la victime ou dans certains lieux définis (école des enfants, lieu de travail, etc.)
- Attribution du domicile conjugal à la victime, même si le conjoint violent est propriétaire ou locataire principal
- Organisation provisoire de la résidence des enfants et du droit de visite et d’hébergement
- Autorisation pour la victime de dissimuler son domicile pour éviter toute localisation par l’agresseur
- Attribution d’un téléphone grave danger (TGD), dispositif d’alerte permettant de contacter immédiatement les forces de l’ordre en cas de menace
- Fixation d’une contribution financière pour couvrir les dépenses courantes et les frais liés au logement
L’ordonnance de protection est délivrée pour une durée maximale de 6 mois, renouvelable une fois. Elle peut être prolongée si la victime engage une procédure de divorce ou si une procédure pénale est en cours.
Comment obtenir une ordonnance de protection ?
La demande d’ordonnance de protection peut être déposée par la victime elle-même ou par l’intermédiaire d’un avocat spécialisé. La démarche est la suivante :
- Saisir le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire compétent (celui du domicile de la victime ou celui du domicile conjugal)
- Déposer une requête écrite exposant les faits de violence et les mesures sollicitées. Il est vivement recommandé de joindre tous les éléments de preuve disponibles : certificats médicaux, témoignages, mains courantes, plaintes, photos des blessures, SMS, messages vocaux, etc.
- Audience devant le JAF : le juge convoque les deux parties dans un délai de 6 jours maximum après le dépôt de la requête. Si la situation présente un danger immédiat, l’ordonnance peut être délivrée sans audition du conjoint violent (procédure sans débat contradictoire)
- Délivrance de l’ordonnance : le juge statue immédiatement ou dans les jours qui suivent l’audience
Même si la procédure peut être engagée sans avocat, il est fortement conseillé de se faire assister par un avocat spécialisé en droit de la famille et en violences conjugales pour maximiser les chances d’obtenir une ordonnance protectrice complète et adaptée. L’aide juridictionnelle (AJ) peut être accordée en urgence pour financer cette assistance.
Que faire en cas de non-respect de l’ordonnance de protection ?
Le non-respect d’une ordonnance de protection constitue un délit pénal. Si le conjoint violent enfreint les mesures imposées (approche du domicile, contact avec la victime, harcèlement, etc.), la personne protégée doit :
- Contacter immédiatement la police ou la gendarmerie (17 ou 112)
- Déposer une nouvelle plainte pour violation de l’ordonnance de protection
- Informer son avocat pour envisager une révision des mesures ou une procédure complémentaire
Le fait pour une personne de ne pas se conformer aux obligations ou interdictions imposées dans une ordonnance de protection est puni de deux ans d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
2. Quitter le domicile conjugal en urgence
Lorsque les violences conjugales mettent en danger immédiat la victime ou ses enfants, quitter le domicile conjugal devient une nécessité absolue. Cependant, cette décision soulève des inquiétudes juridiques légitimes : la personne qui quitte le logement peut-elle être accusée d’abandon du domicile conjugal ? Cela affectera-t-il ses droits dans le cadre de la procédure de divorce ?
Peut-on quitter le domicile conjugal sans risque juridique ?
La jurisprudence et le droit français protègent la victime de violences conjugales qui quitte le domicile pour des raisons de sécurité. Le départ du domicile conjugal pour fuir des violences n’est jamais constitutif d’une faute. Au contraire, il peut être présenté comme une preuve de la gravité de la situation subie.
Lorsque le départ est motivé par des violences conjugales avérées, la jurisprudence considère que la victime n’a commis aucune faute. Les juges prennent systématiquement en compte le contexte de danger pour écarter toute accusation d’abandon du domicile conjugal.
Comment organiser le départ en urgence ?
Pour sécuriser le départ du domicile conjugal et préserver les droits de la victime, plusieurs démarches sont essentielles :
- Préparer un sac d’urgence contenant les papiers d’identité (carte d’identité, passeport, livret de famille), les papiers des enfants, les documents financiers importants (relevés bancaires, avis d’imposition, titres de propriété), les certificats médicaux attestant des violences, et quelques affaires personnelles
- Rassembler les preuves des violences : certificats médicaux, photos des blessures, SMS et messages menaçants, témoignages écrits de proches, attestations de voisins, etc.
- Déposer plainte ou au minimum une main courante avant ou immédiatement après le départ, pour tracer officiellement la situation de violence (voir section 3 ci-dessous)
- Informer un proche de confiance de la situation et du lieu où la victime se rend
- Prendre contact avec une association spécialisée (voir section 5) pour être orientée vers un hébergement d’urgence et un accompagnement juridique
Pour des raisons de sécurité, il est déconseillé de prévenir le conjoint violent du départ. Si la victime craint des représailles, elle peut demander au tribunal l’autorisation de dissimuler son domicile (cette mesure peut être incluse dans l’ordonnance de protection).
Que faire si la victime n’a pas de ressources immédiates ?
Beaucoup de victimes de violences conjugales se retrouvent sans ressources financières pour organiser leur départ. Plusieurs dispositifs d’urgence existent :
- Hébergement d’urgence gratuit : structures associatives, centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), foyers d’accueil spécialisés (voir section 5)
- Aide financière d’urgence : certaines associations peuvent verser une aide ponctuelle pour couvrir les premiers frais
- Dispositif d’aide sociale d’urgence : le CCAS (Centre communal d’action sociale) ou le département peut accorder une aide d’urgence pour hébergement, nourriture, transport
- Ouverture d’un compte bancaire personnel : si la victime n’a pas de compte à son nom, elle peut ouvrir gratuitement un compte courant pour recevoir des aides sociales. Les banques sont tenues de proposer un compte sans frais en cas de précarité financière.
Marie, 34 ans, vit avec son conjoint violent et leurs deux enfants de 4 et 7 ans. Après une agression particulièrement grave, elle décide de quitter le domicile. Elle se rend au commissariat où elle dépose plainte et obtient un certificat médical de l’unité médico-judiciaire (UMJ). Le même jour, elle contacte le 3919 qui l’oriente vers un foyer d’urgence situé à 20 km. Elle y est hébergée gratuitement pour une durée de 3 mois renouvelable. Son avocate, financée par l’aide juridictionnelle, dépose une requête en ordonnance de protection dès le lendemain. Le JAF la reçoit 5 jours plus tard et lui attribue le domicile conjugal, fixe la résidence des enfants chez elle, interdit au conjoint de s’approcher et lui accorde un téléphone grave danger.
3. Déposer plainte : comment et où ?
Le dépôt de plainte est une étape fondamentale dans le parcours de protection de la victime de violences conjugales. Il permet de déclencher une enquête pénale, d’obtenir des mesures de protection immédiates et de constituer un dossier de preuves pour la procédure de divorce pour faute.
Pourquoi déposer plainte ?
Déposer plainte présente plusieurs avantages décisifs :
- Déclencher une enquête pénale et faire reconnaître officiellement les violences
- Obtenir des mesures de protection immédiates : le procureur de la République peut demander au juge un contrôle judiciaire interdisant au conjoint violent de rencontrer la victime ou de s’approcher du domicile
- Constituer un dossier de preuves pour la procédure de divorce et pour démontrer la faute grave du conjoint
- Préparer le terrain pour une condamnation pénale qui pourra être invoquée dans le cadre du divorce et renforcer les demandes de prestation compensatoire ou de pension alimentaire
Les violences conjugales peuvent être dénoncées pendant 6 ans à compter de la commission des faits (article 9-1 du Code de procédure pénale). Ce délai est porté à 20 ans si les violences ont été commises sur un mineur.
Où et comment déposer plainte ?
La plainte peut être déposée dans plusieurs lieux :
- Au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie : la victime peut se présenter dans n’importe quel commissariat ou gendarmerie, quel que soit le lieu de résidence ou le lieu des faits. Depuis 2020, aucun agent ne peut refuser de prendre une plainte pour violences conjugales. Si un refus est opposé, la victime peut demander à parler au responsable du service ou se rendre directement au tribunal pour déposer plainte auprès du procureur de la République.
- Par courrier au procureur de la République : la plainte peut être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception au procureur du tribunal judiciaire compétent (celui du lieu des faits ou du domicile de la victime)
- En ligne via la plateforme du ministère de l’Intérieur : depuis 2018, il est possible de signaler des violences conjugales en ligne via la plateforme www.service-public.fr ou via le tchat du 3919. Un rendez-vous est ensuite fixé pour finaliser le dépôt de plainte
- À l’hôpital ou dans une unité médico-judiciaire (UMJ) : si la victime est blessée, elle peut se rendre directement aux urgences hospitalières où un officier de police judiciaire peut se déplacer pour recueillir la plainte
Que se passe-t-il après le dépôt de plainte ?
Une fois la plainte déposée, plusieurs étapes se succèdent :
- Ouverture d’une enquête : le procureur de la République décide de l’orientation de la plainte. Il peut classer sans suite (si les éléments sont insuffisants), proposer une alternative aux poursuites (médiation pénale, stage de responsabilisation), ou engager des poursuites pénales
- Audition de la victime et de l’agresseur : la police ou la gendarmerie convoque les deux parties pour recueillir leurs déclarations
- Rassemblement des preuves : certificats médicaux, témoignages, enregistrements, messages, etc.
- Décision du procureur : poursuites devant le tribunal correctionnel, convocation devant le délégué du procureur, ou classement
- Procès pénal : si les poursuites sont engagées, le conjoint violent risque une peine d’emprisonnement et une amende. La victime peut se constituer partie civile pour demander des dommages et intérêts
Les violences conjugales sont punies de 3 ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Les peines sont aggravées en cas de circonstances aggravantes (violences habituelles, présence d’un enfant mineur, usage d’une arme).
Main courante ou dépôt de plainte : quelle différence ?
Il est important de distinguer la main courante du dépôt de plainte :
- La main courante est une simple déclaration écrite enregistrée par la police ou la gendarmerie. Elle n’entraîne aucune poursuite pénale, mais elle permet de tracer officiellement la situation. Elle peut être utile pour prouver l’antériorité des violences, mais elle n’offre aucune protection immédiate.
- Le dépôt de plainte déclenche une enquête et peut conduire à des poursuites pénales. C’est le seul acte qui permet d’obtenir une protection judiciaire et une condamnation de l’agresseur.
En cas de violences conjugales, il est vivement recommandé de déposer plainte plutôt qu’une simple main courante. Seule la plainte permet d’obtenir une protection effective et de faire reconnaître les violences devant la justice.
4. Aide juridictionnelle prioritaire
L’aide juridictionnelle (AJ) est un dispositif qui permet aux personnes disposant de faibles ressources de bénéficier d’une prise en charge totale ou partielle des frais d’avocat et de justice. Pour les victimes de violences conjugales, l’aide juridictionnelle est accordée de manière prioritaire et dans des délais raccourcis.
Qu’est-ce que l’aide juridictionnelle ?
L’aide juridictionnelle couvre les honoraires de l’avocat, les frais de procédure (actes d’huissier, expertises, frais de greffe), et les frais de justice (timbre fiscal, etc.). Elle peut être totale (100% de prise en charge) ou partielle (55% ou 25%) en fonction des ressources de la personne demandeuse.
Pour bénéficier de l’aide juridictionnelle totale, les ressources mensuelles de la personne ne doivent pas dépasser 1 268 € (chiffre 2024 pour une personne seule). Ce plafond est majoré en fonction du nombre de personnes à charge. Pour l’aide partielle, le plafond est de 1 902 € (55%) ou 1 520 € (25%).
Procédure prioritaire pour les victimes de violences conjugales
Depuis la loi du 30 juillet 2020, les victimes de violences conjugales bénéficient d’une procédure d’aide juridictionnelle accélérée. Le délai de traitement est réduit à quelques jours au lieu de plusieurs semaines. De plus, l’aide peut être accordée provisoirement dans l’attente de la décision définitive, permettant à la victime d’être assistée immédiatement par un avocat.
Comment demander l’aide juridictionnelle ?
La demande d’aide juridictionnelle peut être déposée de plusieurs manières :
- Retirer un formulaire Cerfa n°16146*02 auprès du tribunal judiciaire, d’une mairie, ou le télécharger en ligne sur service-public.fr
- Remplir le formulaire en y joignant les justificatifs de ressources (avis d’imposition, bulletins de salaire, attestation Pôle emploi, etc.) et une attestation décrivant la situation de violences (certificat médical, plainte, main courante)
- Déposer la demande au bureau d’aide juridictionnelle du tribunal judiciaire compétent ou l’envoyer par courrier
- Décision du bureau d’aide juridictionnelle (BAJ) : en cas d’urgence (ordonnance de protection, dépôt de plainte), la décision peut intervenir en 48 à 72 heures. Dans les autres cas, le délai est généralement d’une à deux semaines pour les victimes de violences conjugales.
En cas de danger immédiat, il ne faut pas attendre l’accord de l’aide juridictionnelle pour consulter un avocat. De nombreux avocats spécialisés acceptent de prendre en charge le dossier dans l’attente de la décision du BAJ. Certaines associations d’aide aux victimes proposent également des consultations juridiques gratuites.
Que faire si la demande d’aide juridictionnelle est refusée ?
Si la demande est refusée (ressources trop élevées, dossier incomplet), la victime peut :
- Compléter le dossier si le refus est motivé par un manque de justificatifs
- Faire un recours auprès du président du tribunal dans un délai de 15 jours
- Se tourner vers une association d’aide aux victimes qui peut proposer un accompagnement juridique gratuit ou à tarif réduit
- Négocier avec un avocat un étalement des honoraires ou un tarif social
5. Hébergement d’urgence et associations
Lorsque la victime quitte le domicile conjugal, la question de l’hébergement se pose immédiatement. De nombreuses structures d’accueil d’urgence et associations spécialisées existent pour accompagner les personnes en danger et leurs enfants.
Les structures d’hébergement d’urgence
Plusieurs types d’hébergement sont disponibles pour les victimes de violences conjugales :
- Les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) : structures publiques ou associatives qui accueillent gratuitement les personnes en situation de précarité et de danger. Certains CHRS disposent de places réservées aux victimes de violences conjugales. Durée d’hébergement : de quelques semaines à plusieurs mois, renouvelable.
- Les foyers d’accueil spécialisés pour femmes victimes de violences : structures dédiées aux victimes de violences conjugales, souvent gérées par des associations. Ces foyers offrent un accompagnement social, psychologique et juridique. L’adresse est confidentielle pour protéger les résidentes.
- L’hébergement chez un tiers de confiance : la victime peut être hébergée temporairement chez un membre de la famille ou un ami. Il est conseillé de formaliser cet hébergement par une attestation écrite pour justifier du changement de domicile auprès des administrations.
- L’hôtel en urgence : dans certaines situations, le 115 (numéro d’urgence sociale) peut orienter la victime vers un hébergement hôtelier payé par le département ou l’État, en attendant une solution plus pérenne.
Le 115 est le numéro d’urgence sociale. Il fonctionne 24h/24 et 7j/7 pour orienter les personnes sans hébergement vers des solutions d’accueil d’urgence. Pour les victimes de violences conjugales, la priorité est donnée à l’hébergement immédiat.
Les associations spécialisées dans l’accompagnement des victimes
De nombreuses associations proposent un accompagnement global (juridique, psychologique, social, et patrimonial) aux victimes de violences conjugales :
- Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) : réseau national d’associations qui gère le 3919 (numéro national de référence pour les victimes de violences) et propose des centres d’hébergement, des permanences juridiques et psychologiques, et un accompagnement personnalisé. Site web : solidaritefemmes.org
- SOS Femmes : présente dans de nombreuses villes françaises, cette association propose des hébergements d’urgence, des consultations juridiques gratuites, et un accompagnement social.
- France Victimes : réseau de 130 associations d’aide aux victimes réparties sur tout le territoire. Elles proposent un soutien psychologique, un accompagnement juridique gratuit, et une orientation vers les structures d’hébergement. Site web : france-victimes.fr
- Association d’Aide aux Victimes de France (AVF) : cette association, partenaire de aide-divorce.fr, accompagne les victimes de violences et propose des consultations juridiques et un suivi personnalisé, notamment pour les aspects patrimoniaux post-divorce.
- Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) : réseau présent dans chaque département, proposant des consultations juridiques gratuites, des permanences psychologiques, et un accompagnement social. Site web : infofemmes.com
Accompagnement social et psychologique
Outre l’hébergement et le soutien juridique, les victimes de violences conjugales peuvent bénéficier d’un accompagnement psychologique et social :
- Consultations psychologiques gratuites : de nombreuses associations (France Victimes, CIDFF, SOS Femmes) proposent des consultations gratuites avec des psychologues spécialisés en victimologie
- Groupes de parole : certaines structures organisent des groupes de parole permettant aux victimes de partager leur expérience et de rompre l’isolement
- Accompagnement social : aide à la constitution des dossiers administratifs (RSA, allocation logement, pension alimentaire), recherche de logement, inscription scolaire des enfants, recherche d’emploi, etc.
Fatima, 29 ans, a fui le domicile conjugal avec ses deux enfants après des années de violences psychologiques et physiques. Elle a contacté le 3919 qui l’a orientée vers un foyer d’accueil spécialisé. Pendant trois mois, elle a été hébergée gratuitement et accompagnée par une assistante sociale et une juriste de l’association. Elle a obtenu une ordonnance de protection, déposé plainte, et engagé une procédure de divorce pour faute avec l’aide juridictionnelle. Aujourd’hui relogée dans un logement social, elle bénéficie du RSA et d’une pension alimentaire pour ses enfants.
6. Numéros utiles : 3919, 17 et autres contacts d’urgence
En cas de violences conjugales, plusieurs numéros d’urgence sont disponibles 24h/24 pour apporter une aide immédiate, orienter vers des structures de protection, ou déclencher une intervention des forces de l’ordre.
Le 3919 : Violences Femmes Info
Le 3919 est le numéro national de référence pour les victimes de violences conjugales. Ce service est :
- Gratuit depuis un téléphone fixe ou mobile
- Anonyme : la personne qui appelle n’est pas obligée de donner son identité
- Ouvert 7 jours sur 7 de 9h à 19h du lundi au vendredi, et de 9h à 18h les samedis, dimanches et jours fériés
- Non tracé sur les factures de téléphone pour garantir la confidentialité
Le 3919 offre une écoute bienveillante, des conseils juridiques de premier niveau, et une orientation vers les structures locales (hébergement d’urgence, associations, avocats spécialisés, commissariats, etc.).
Pour les personnes qui ne peuvent pas téléphoner (danger immédiat, présence du conjoint violent), un service de tchat est disponible sur le site arretonslesviolences.gouv.fr. Une conseillère répond en direct et peut orienter vers les services d’urgence si nécessaire.
Le 17 ou le 112 : urgence police/gendarmerie
En cas de danger immédiat, il faut composer le 17 (police/gendarmerie) ou le 112 (numéro d’urgence européen). Ces numéros permettent une intervention rapide des forces de l’ordre pour mettre fin à l’agression, protéger la victime et procéder à l’arrestation de l’agresseur si nécessaire.
Le 114 : numéro d’urgence pour les personnes sourdes ou malentendantes
Le 114 est accessible par SMS ou par fax pour les personnes sourdes, malentendantes, ou souffrant de troubles de la parole. Ce numéro permet de contacter les services d’urgence (police, gendarmerie, pompiers, SAMU) par écrit.
Le 115 : hébergement d’urgence
Le 115 est le numéro d’urgence sociale. Il oriente les personnes sans hébergement vers des structures d’accueil d’urgence. Il fonctionne 24h/24 et 7j/7 dans toute la France.
Autres numéros et plateformes utiles
- Plateforme en ligne arretonslesviolences.gouv.fr : permet de signaler des violences en ligne et d’être mise en relation avec un policier ou un gendarme pour un rendez-vous au commissariat ou en gendarmerie
- Numéro vert « Enfance en danger » : 119 : pour signaler un enfant en danger (violences conjugales dont l’enfant est témoin ou victime). Gratuit, anonyme, 24h/24, 7j/7.
- Numéro d’écoute pour les auteurs de violences : 08 019 019 11 : pour les personnes qui reconnaissent être violentes et souhaitent se faire aider
Si la vie de la victime ou de ses enfants est en danger immédiat, il ne faut pas hésiter à appeler le 17 ou le 112. Les forces de l’ordre interviendront rapidement pour protéger la personne menacée et interpeller l’agresseur.
Violences conjugales et procédure de divorce pour faute
Les violences conjugales constituent une faute grave permettant d’engager un divorce pour faute. Cette procédure présente des particularités importantes pour la victime.
La reconnaissance des violences comme faute grave
La jurisprudence française reconnaît systématiquement les violences conjugales (physiques, psychologiques, sexuelles, économiques) comme une violation grave et renouvelée des devoirs et obligations du mariage. La victime peut donc demander le divorce aux torts exclusifs de son conjoint.
Les violences retenues par les juges peuvent être :
- Violences physiques : coups, blessures, agressions sexuelles
- Violences psychologiques : insultes, humiliations, menaces, harcèlement moral, isolement, contrôle des déplacements et des relations sociales
- Violences économiques : privation de ressources, contrôle total des finances du ménage, interdiction de travailler
- Violences sexuelles : viols conjugaux, agressions sexuelles
La Cour de cassation a reconnu à de nombreuses reprises que les violences conjugales constituent une faute grave justifiant le divorce aux torts exclusifs de l’époux violent (Cass. 1re civ., 22 septembre 2011, n° 10-23.482).
Comment prouver les violences ?
Pour obtenir le divorce pour faute, la victime doit apporter des preuves des violences subies. Les éléments de preuve recevables sont :
- Certificats médicaux délivrés par un médecin généraliste, un médecin urgentiste, ou un médecin légiste (unité médico-judiciaire)
- Photos des blessures datées et signées
- Plaintes pénales et mains courantes déposées au commissariat ou en gendarmerie
- Témoignages écrits de proches, voisins, collègues, médecins, assistantes sociales
- Messages SMS, emails, messages vocaux, enregistrements (attention : les enregistrements clandestins peuvent être écartés s’ils ont été obtenus de manière déloyale, mais la jurisprudence admet certains enregistrements réalisés par la victime pour prouver des violences)
- Décisions judiciaires : ordonnance de protection, condamnation pénale de l’agresseur
- Rapports d’associations ou de services sociaux ayant accompagné la victime
Il est essentiel de rassembler et de conserver toutes les preuves de violences dès le début de la procédure de divorce. Ces éléments seront déterminants pour obtenir le divorce aux torts exclusifs de l’époux violent, mais aussi pour justifier des demandes financières (prestation compensatoire, dommages-intérêts).
Conséquences du divorce pour faute sur le patrimoine et les prestations
Le divorce prononcé aux torts exclusifs du conjoint violent a des conséquences financières importantes :
- Prestation compensatoire : la victime peut demander une prestation compensatoire pour compenser la disparité de niveau de vie créée par le divorce. Le juge tient compte de la durée du mariage, de l’âge et de l’état de santé des époux, de leurs qualifications professionnelles, et de leurs ressources respectives.
- Dommages-intérêts : en cas de faute particulièrement grave (violences physiques, psychologiques, préjudice moral important), la victime peut demander des dommages-intérêts en réparation du préjudice subi
- Répartition des biens : les violences conjugales n’affectent pas directement le partage des biens communs, qui reste soumis aux règles du régime matrimonial. Cependant, le juge peut tenir compte de la situation de la victime (relogement urgent, besoin de liquidités) pour adapter les modalités de partage.
- Attribution du domicile conjugal : le juge peut attribuer la jouissance du logement conjugal à la victime, même si le conjoint violent en est propriétaire, pour une durée déterminée (généralement jusqu’au jugement définitif de divorce)
- Autorité parentale et résidence des enfants : les violences conjugales sont prises en compte pour la fixation de la résidence des enfants et du droit de visite et d’hébergement. Le juge peut restreindre ou supprimer le droit de visite du parent violent si l’intérêt des enfants l’exige.
Accompagnement patrimonial post-divorce pour les victimes de violences
Au-delà des aspects juridiques et judiciaires, le divorce consécutif à des violences conjugales entraîne des bouleversements patrimoniaux majeurs. La victime se retrouve souvent dans une situation financière précaire : perte du logement, diminution brutale des revenus, responsabilité exclusive des enfants, besoin urgent de reconstruire un patrimoine personnel.
C’est pourquoi aide-divorce.fr, porté par un conseiller en gestion de patrimoine certifié, propose un accompagnement spécifique pour les victimes de violences conjugales :
- Analyse patrimoniale post-divorce : bilan complet de la situation financière, des biens conservés, des revenus et des charges, et identification des leviers de reconstruction
- Optimisation des aides sociales : accompagnement pour obtenir les aides auxquelles la victime a droit (RSA, allocation logement, pension alimentaire, aides de la CAF, etc.)
- Stratégie de relogement : recherche de solutions de logement adaptées (logement social, accession à la propriété avec prêts aidés, location)
- Gestion des indemnités : si la victime a obtenu des dommages-intérêts ou une prestation compensatoire en capital, aide à la gestion et au placement de ces sommes pour garantir un revenu durable et reconstituer un patrimoine
- Accompagnement par un réseau d’experts : mise en relation avec des avocats spécialisés, des associations d’aide aux victimes, et notamment l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), partenaire de aide-divorce.fr
Vous êtes victime de violences conjugales et vous souhaitez reconstruire votre situation financière après le divorce ? Notre équipe de conseillers en gestion de patrimoine spécialisés vous accompagne gratuitement pour faire le point sur votre situation et définir une stratégie patrimoniale adaptée.
Foire aux questions (FAQ)
Questions fréquentes
Peut-on obtenir une ordonnance de protection sans avoir déposé plainte ?
Oui, il n’est pas obligatoire d’avoir déposé plainte pour obtenir une ordonnance de protection. Le juge aux affaires familiales peut délivrer cette ordonnance dès lors qu’il existe des éléments sérieux permettant de présumer la commission de violences (certificats médicaux, témoignages, main courante, etc.). Cependant, il est vivement conseillé de déposer plainte pour renforcer le dossier et déclencher une enquête pénale.
Combien de temps faut-il pour obtenir une ordonnance de protection ?
Le juge aux affaires familiales doit statuer dans un délai de 6 jours maximum après le dépôt de la requête. Dans les situations de danger immédiat, l’ordonnance peut être délivrée en quelques heures, sans audience contradictoire (le conjoint violent n’est pas convoqué). Ce délai raccourci permet d’assurer une protection rapide de la victime et de ses enfants.
Quitter le domicile conjugal peut-il être retenu comme une faute dans la procédure de divorce ?
Non. Lorsque le départ du domicile conjugal est motivé par des violences avérées, il ne constitue jamais une faute et ne peut pas être retenu contre la victime dans la procédure de divorce. Au contraire, il est souvent considéré comme une preuve supplémentaire de la gravité de la situation. Il est cependant conseillé de déposer plainte ou une main courante avant ou immédiatement après le départ pour justifier officiellement cette décision.
Peut-on divorcer pour faute même si le conjoint violent n'a jamais été condamné pénalement ?
Oui, absolument. Le divorce pour faute relève du droit civil, et non du droit pénal. La victime n’a pas besoin d’une condamnation pénale pour obtenir le divorce aux torts exclusifs de son conjoint. Les preuves civiles (certificats médicaux, témoignages, mains courantes, messages, etc.) suffisent pour démontrer les violences devant le juge aux affaires familiales. Une condamnation pénale renforce bien sûr le dossier, mais elle n’est pas indispensable.
Que faire si l'on n'a pas de ressources pour payer un avocat ?
Les victimes de violences conjugales bénéficient d’une procédure d’aide juridictionnelle prioritaire et accélérée. Cette aide permet de financer intégralement ou partiellement les honoraires de l’avocat et les frais de justice. La demande peut être déposée au bureau d’aide juridictionnelle du tribunal, et la décision intervient généralement en quelques jours pour les situations d’urgence. De nombreux avocats acceptent également de commencer à travailler sur le dossier avant même l’accord formel de l’aide juridictionnelle. Par ailleurs, des associations comme France Victimes, le CIDFF ou SOS Femmes proposent des consultations juridiques gratuites.
Quels sont les risques si le conjoint violent ne respecte pas l'ordonnance de protection ?
Le non-respect d’une ordonnance de protection est un délit pénal puni de 2 ans d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Si le conjoint violent enfreint les mesures imposées (approche du domicile, contact avec la victime, harcèlement), la victime doit immédiatement contacter la police ou la gendarmerie (17 ou 112) et déposer une nouvelle plainte pour violation de l’ordonnance. Le procureur peut alors demander un placement en détention provisoire ou un contrôle judiciaire renforcé.
Témoignages
— Aurélie, 31 ans, divorcée après 6 ans de mariage, maman d'une petite fille de 4 ansFranchement j’ai longtemps hésité à partir. J’avais peur qu’on me dise que c’était ma faute d’avoir quitté la maison… Mon ex me répétait tout le temps que j’avais pas le droit de partir avec notre fille. Mais après avoir appelé le 3919 j’ai compris que j’avais tous les droits de me protéger. J’ai déposé plainte, obtenu l’ordonnance de protection en 4 jours et le juge m’a donné l’appartement. Mon avocat financée par l’AJ a été super, et aide-divorce m’a orientée vers un CGP qui m’a aidé à gérer les 12000€ de dommages-intérêts que j’ai obtenu. Aujourd’hui je suis en sécurité avec ma fille
— Karine, 44 ans, divorcée après 15 ans de mariageMoi les violences c’était surtout psychologique… mon mari m’empêchait de travailler, il contrôlait tout l’argent, il m’insultait devant nos enfants. Pendant des années j’ai cru que ça comptait pas vraiment comme des violences. Mais quand j’ai lu l’article sur aide-divorce.fr j’ai réalisé que c’était des violences économiques et psychologiques. J’ai contacté une association qui m’a aidée à monter le dossier. Le divorce a pris 18 mois mais j’ai eu gain de cause avec une prestation compensatoire de 35000€ vu que j’avais jamais pu bosser
— Laura, 27 ans, divorcée après 3 ans de mariageBon moi je savais même pas ce que c’était une ordonnance de protection. J’ai fui avec mon bébé de 8 mois un soir où mon ex était devenu vraiment violent. Je suis allée au commissariat, ils m’ont envoyée à l’hôpital pour un certificat médical et une assistante sociale m’a aidée à remplir la demande d’ordonnance. En 3 jours j’étais protégée. Le juge lui a interdit de m’approcher et m’a donné un téléphone d’urgence. Honnêtement sans ça j’aurais jamais osé porter plainte. Aujourd’hui je suis suivie par une psy de France Victimes et ça va mieux
Notre équipe, en partenariat avec l’Association d’Aide aux Victimes de France (AVF), vous accompagne dans vos démarches juridiques, patrimoniales et sociales pour quitter une situation de violences conjugales et reconstruire votre vie en toute sécurité.



