Comment protéger son patrimoine avant un divorce ?
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Quand un divorce se profile, chacun cherche à préserver ce qu'il a construit. La loi autorise beaucoup de choses, à condition de ne pas dissimuler et de ne pas appauvrir la communauté. La frontière est nette : protéger ses intérêts, oui ; organiser son insolvabilité ou faire disparaître des biens, non, et la sanction est lourde. Voici ce qui est permis, ce qui est interdit, et les bons réflexes pour l'assurance-vie, l'immobilier et l'épargne.
Ce que la loi autorise et interdit
Autorisé : faire l'inventaire de ses biens, réunir les preuves de ce qui est propre, cesser d'alimenter des placements communs avec des fonds propres, ouvrir un compte personnel pour ses revenus à venir, changer de régime matrimonial par acte notarié, consulter un avocat et un conseiller. Interdit : vider les comptes joints, racheter une assurance-vie commune pour la mettre à l'abri, vendre ou donner un bien commun sans l'accord de l'autre, minorer ses revenus dans la déclaration sur l'honneur, transférer de l'argent à un proche pour le récupérer après.
Celui des époux qui aurait détourné ou recelé quelques effets de la communauté est privé de sa portion dans lesdits effets. De même, celui qui aurait dissimulé sciemment l'existence d'une dette commune doit l'assumer définitivement.
Le recel de communauté se prouve par tout moyen : relevés bancaires, retraits inhabituels, virements vers des tiers. La sanction, la perte de toute part sur les biens détournés, s'ajoute à l'obligation de les rapporter.
Inventaire et valorisation de vos actifs
Dressez la liste de tout ce que possède le couple : comptes, livrets, assurance-vie, épargne salariale, PEA, immobilier, véhicules, parts de société, objets de valeur, et en face les dettes. Pour chaque ligne, notez l'origine des fonds, la date d'acquisition et le nom du titulaire. Réunissez les justificatifs de ce qui est propre : actes de donation, déclarations de succession, relevés d'avant le mariage, clauses de remploi. C'est ce dossier, pas les souvenirs, qui déterminera le partage. Un notaire peut dresser un inventaire contradictoire si vous craignez des contestations.
Dans la procédure de divorce, chaque époux déclare sur l'honneur ses revenus, son patrimoine et ses conditions de vie. Une déclaration inexacte peut entraîner la révision de la prestation compensatoire et des poursuites pour faux.
Le rôle du conseiller en gestion de patrimoine
Un conseiller indépendant chiffre le patrimoine à partager, simule les options, conserver le logement contre soulte ou vendre, garder ou racheter les placements, et mesure les conséquences fiscales de chacune. Il travaille avec l'avocat, qui traduit ces choix dans la convention ou les conclusions. Son intervention se justifie dès que le patrimoine comprend de l'immobilier, une entreprise ou des placements importants.
Assurance-vie : les bonnes décisions
Ne rachetez pas un contrat alimenté avec des fonds communs : c'est un recel. Ne modifiez pas une clause bénéficiaire acceptée. En revanche, faites évaluer chaque contrat, documentez l'origine des primes et, si le contrat est propre, préparez la preuve du remploi. Après le divorce, réécrivez la clause bénéficiaire si elle désigne l'ex-conjoint par son nom.
Immobilier : éviter les erreurs
Un époux ne peut pas vendre, hypothéquer ni donner seul un bien commun, ni le logement de la famille, même s'il lui est propre : l'accord de l'autre est requis. Ne quittez pas le logement sans en informer l'autre par écrit, et sans que le juge ait statué sur la jouissance, si vous tenez à y revenir ou à faire valoir son attribution. Continuez à payer votre part du crédit : les échéances réglées seul après la séparation ouvrent droit à une créance contre l'autre.
Financer des travaux importants sur un bien propre du conjoint, ou sur le logement commun, sans écrit, complique la preuve de la créance ou de la récompense. Datez et conservez chaque facture et chaque virement.
Placements et comptes
Ouvrez un compte à votre seul nom pour vos revenus à venir ; les revenus perçus après la demande en divorce n'entrent plus en communauté dans vos rapports avec votre conjoint. Ne fermez pas le compte joint sans accord, mais vous pouvez demander à la banque qu'il fonctionne sous double signature. Demandez au juge, dès les mesures provisoires, l'interdiction de disposer de certains biens ou la désignation d'un notaire pour la liquidation, si vous craignez des détournements.
Protéger, c'est inventorier, prouver et anticiper. Dissimuler, c'est perdre sa part. Pas de rachat d'assurance-vie ni de vente de bien commun sans l'accord de l'autre. Ouvrez un compte personnel, conservez les justificatifs, et demandez au juge des mesures de sauvegarde si nécessaire.
Questions fréquentes
Puis-je retirer la moitié du compte joint avant de partir ?
Retirer sa part des économies communes pour vivre pendant la procédure est admis, à condition de le déclarer et d'en rendre compte à la liquidation. Vider le compte ou dissimuler les sommes est un recel.
Changer de régime matrimonial juste avant le divorce est-il utile ?
Rarement. Le changement ne vaut que pour l'avenir, la communauté existante est liquidée aux règles anciennes, et un changement fait pour léser le conjoint peut être annulé.
Une donation à mes enfants avant le divorce est-elle possible ?
Une donation d'un bien commun exige l'accord des deux époux. Faite seul, elle est nulle et constitue un recel si elle vise à soustraire le bien au partage.
La permanence vous explique ce qui est permis et vous oriente vers un avocat et un conseiller en gestion de patrimoine.
Publié par l'Association d'Aide aux Victimes de France, association loi 1901 reconnue d'intérêt général. Directeur de la publication : Valentin Papet, président de l'association.